Agriculture : Parfum de scandale

Agriculture : Parfum de scandale

Décidément, la Sodea ne finira jamais de faire parler d’elle. Les scandales se suivent et se ressemblent. Cette fois, ce sont de jeunes ingénieurs agronomes qui en font les frais. Ces ingénieurs, fraîchement diplômés, ont bénéficié de terres agricoles appartenant à la Sodea, à travers une location d’une durée de 18 ans, renouvelable une seule fois, pour 9 ans supplémentaires.
Tout a commencé le 13 avril 2004. C’est la date de la location, par les ingénieurs, de terrains appartenant à la Sodea. Au terme de cette convention, chapeautée par les autorités locales, la Sodea a cédé les terrains en question à la Direction des domaines qui les loue à son tour aux dix ingénieurs.
En fait, ce qui est condamnable c’est qu’à la veille de cette cérémonie de signature, le directeur régional de la Sodea a demandé aux ingénieurs « de lui signer des reconnaissances de dettes ainsi que des chèques de garantie en guise de paiement des frais engagés par la Sodea dans les terrains à louer », assure Hassan Elbouchouafi, un des ingénieurs bénéficiaires de ce programme. Cette pratique de la Sodea est complètement illégale. Inutile de rappeler que les chèques garantis sont interdits par la loi. Et pourtant. Avant même de signer le contrat de bail, les ingénieurs étaient déjà endettés auprès de la Sodea. Les montants de ces dettes variaient entre 30.000 et 60.000DH. En fait, par « frais » la Sodea entend les dépenses en engrais, semis, désherbage, main- d’oeuvre… Mais le pire reste à venir.
En fait, quand les ingénieurs ont vérifié sur place, ils ont découvert que la Sodea n’avait absolument rien dépensé. L’affaire commence à sentir l’arnaque. « Un des ingénieurs a procédé à une expertise judiciaire de son terrain qui n’a pas du tout été semé », souligne Elbouchouafi, qui ajoute que l’ingénieur en question a bien l’intention de porter plainte contre la Sodea.
Ce cas n’est pas isolé. Sur une superficie de 44 ha d’oliviers, répartie sur trois ingénieurs, « la production sera nulle cette année », lance Elbouchouafi. Selon lui, deux raisons expliquent cette rentabilité catastrophique. D’une part, la récolte a été retardée. Elle a eu lieu en mars, alors qu’elle ne doit être effectuée qu’en décembre. Ce retard fait que l’olive dégage un acide néfaste pour la récolte suivante. D’autre part, la méthode de récolte sauvage a donné le coup de grâce. « Dans les deux cas, c’est la Sodea qui en est responsable », affirme-t-il.
Les exemples ne manquent pas. C’est le cas de cette passerelle, louée à un ingénieur, mais qui est occupée par des bidonvilles et quatre familles qui squattent un bâtiment d’habitation.
Rappelons que le 3 janvier 2001, l’ancien ministre de l’Agriculture, Moulay Ismaïl Alaoui, a signé une importante convention avec son collègue Abbas El Fassi, à l’époque chargé de l’Emploi. Il s’agissait, notamment, de louer à 180 ingénieurs agronomes des terrains agricoles. Cette opération devait se dérouler en trois tranches et pendant trois ans. En termes clairs, dès la signature de la convention, chaque année 60 ingénieurs devaient louer des terrains agricoles appartenant à l’Etat. Mais la réalité est toute autre.
« Pendant deux ans environ, nous avons été engloutis dans les méandres de la bureaucratie », explique Hassan Elbouchouafi. Après plusieurs mois de repérages de terrains, 32 candidats ont fini par présenter, en juillet 2002, leur dossier comportant le projet qu’ils souhaitent réaliser dans la région d’El Hajeb. Seuls 15 dossiers ont été retenus. S’en est suivi un stage sur la passerelle à louer.
En juin 2003, les 15 candidats sont passés devant une commission pluridisciplinaire, nommée par le wali de Meknès, composée notamment d’agriculteurs, de vétérinaires de professeurs universitaires et du directeur régional de la Sodea. Sur les 15 candidats, cinq ont été carrément écartés par la commission. En principe, les ingénieurs « acceptés » devaient signer les contrats de location en septembre 2003. Mais à cause de la bureaucratie, encore une fois, cette cérémonie de signature a été retardée. « Après plusieurs lettres écrites au ministre de l’Agriculture et des questions posées par des parlementaires, la signature des contrats de location n’a eu lieu que le 13 avril 2004.

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