Ahmed Bouz : «La collaboration avec le PAM prônée par Lachguar conduira à la création d un front dirigé contre les islamistes»

Ahmed Bouz : «La collaboration avec le PAM prônée par Lachguar  conduira à la création d un front dirigé contre les islamistes»

ALM : Quelles seront les conséquences de l’élection de Lachguar au poste du 1er secrétaire de l’USFP?
Ahmed Bouz : Driss Lachguar est un homme d’appareil, un apparatchik qui a été impliqué dans tous les conflits qu’a connus le parti. Il est du genre à ne pas croire en l’existence d’une relation entre la politique et l’éthique. Ses ambitions personnelles sont toujours passées en premier lieu aux dépens des questions communes, c’est ce qui s’est révélé avec sa nomination en tant que ministre en 2010. Ainsi les caractéristiques du 1er secrétaire posent les questions de l’impact éventuel d’une personnalité comme celle de Lachguar sur l’avenir du parti. Il y a, dans ce sens, trois dimensions. La première concerne l’indépendance du parti par rapport à l’Etat et ses décisions induisant la fin du conflit politique et celui des légitimités.

Qu’en est-il de l’impact sur les alliances et sur la composition interne du parti ?
Le deuxième impact a trait à la nature des positionnements du parti et ses alliances politiques. Ainsi le parti s’éloignera peu à peu de ses alliés traditionnels particulièrement en rapport avec la gauche aux dépens d’une proximité avec le PAM. La collaboration claire et nette avec le PAM prônée par Lachguar conduira à la création d’un front sacré dirigé contre les islamistes et «le gouvernement islamiste», à un point où l’on peut lire la montée de Lachguar comme convergeant dans ce sens et ayant un lien avec l’élection de Chabat à la tête de l’Istiqlal. Tout ceci pour encercler «le gouvernement islamiste».
Le troisième volet réside dans l’impact sur la structure interne du parti et la composition sociologique de ses membres et militants. A mon avis, l’élection de Lachguar accentuera encore plus la domination des notables dans les instances du parti aux dépens d’un retrait des fervents militants d’antan qui croyaient intimement au projet de société de l’USFP.

Les militants de l’USFP ont-ils aussi une responsabilité dans l’actuelle évolution du parti ?
Cette évolution de l’USFP n’est pas née d’hier, mais c’est la conséquence d’un cumul. C’est un développement naturel qui a pris forme à partir du 6ème congrès en 2001. Bien sûr il y a eu quelques erreurs de gestion et des maladresses de certains candidats, mais il y a toujours eu des indices qui auguraient du sort actuel de l’USFP. Aujourd’hui donc, l’évolution de l’USFP a abouti. Cela ne signifie pas sa mort biologique, mais une métamorphose. Il sera désormais question d’une formation qui n’a plus aucun lien avec le parti se prétendant être la voix «des forces populaires». Nous serons face à un parti ordinaire, un simple chiffre au sein de la scène politique. Ainsi je pense que désormais la vie politique au Maroc sera partagée en deux pôles, les islamistes d’un côté à leur tête le PJD et de l’autre côté le PAM. Les autres formations, y compris l’USFP, feront partie d’un pôle ou de l’autre.

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