Al Qaïda rationalise son action

Al Qaïda rationalise
son action

ALM : Plusieurs Marocains ont été arrêtés ou sont activement recherchés par les autorités espagnoles qui les accusent d’avoir perpétrés les attentats de Madrid. Quel est le degré d’importance de ces Marocains dans la hiérarchie d’Al Qaïda?
Mohamed Darif : Sachez, tout d’abord, qu’Al Qaïda et les groupuscules qui lui sont affiliés, sont structurés en trois niveaux totalement distincts. Le premier est constitué des planificateurs des opérations. Le second se charge de la coordination des opérations. Quant au troisième cercle, il est formé d’éléments exécutants. C’est essentiellement ce dernier niveau qui nous intéresse. Les Marocains arrêtés et recherchés dans le cadre de l’enquête sur les attentats de Madrid font partie de la catégorie des
Ces Marocains n’ont pas le profil de l’extrémiste classique (barbe, kamis…). Comment expliquez-vous cette particularité?
Depuis les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, Al Qaïda essaie par tous les moyens d’attirer dans ses rangs des éléments nouveaux, de préférence des jeunes, et surtout qu’ils ne soient pas du tout connus des services de sécurité des pays dans lesquels ils opèrent. En clair, Al Qaïda ne veut pas attirer l’attention des services de renseignement sur ses activités et ses opérations en préparation. D’où l’idée d’éviter de recruter des Salafistes, barbus, donc étroitement surveillés. Aujourd’hui, Al Qaïda enrôle des jeunes qui, en apparence, n’attirent aucunement les soupçons et qui sont bien ancrés dans la société où ils vivent.
Mais comment peut-on convertir au terrorisme un jeune qui croque la vie à pleines dents?
Il ne faut pas confondre entre le groupe de Madrid et celui de Casablanca, responsable des attentats du 16 mai 2003. Ce dernier est composé de véritables kamikazes, qui ont sacrifié leurs vies dans les attentats. Alors que le premier, les terroristes n’ont fait que déposer des sacs piégés dans les trains, avant de s’en aller. La nuance est énorme. Le degré de religiosité, dans un cas et dans l’autre, est totalement différent. Pour les attentats de Madrid, les exécutants peuvent ne pas être motivés par des considérations religieuses. Leurs motivations étaient certainement d’ordre politique. C’est à travers une discussion, tout à fait banale, que les recruteurs réussissent à déceler les opinions politiques des exécutants. En outre, il n’est même pas nécessaire que ces derniers comprennent pour qui et pour quelle cause ils agissent. Ils peuvent être totalement manipulés.
L’essentiel pour eux est d’assouvir une frustration politique comme le refus de l’implication de l’Espagne en Irak, ou la politique espagnole vis-à-vis de l’immigration. Ceci-dit, l’argent également peut être utilisé pour attirer des exécutants.
Si on suit votre logique, ces mêmes jeunes peuvent facilement être manipulés par des services secrets et non pas Al Qaïda?
Personnellement, je ne soutient pas cette thèse. Les services secrets des Etats ont assez de moyens pour ne pas faire appel à ces pratiques.
Ces jeunes sont utilisés et ils ignorent souvent les planificateurs et parfois même les coordinateurs. Prenez les attentats de Casablanca, l’enquête s’est arrêtée au niveau des exécutants et de quelques coordinateurs. Les planificateurs, eux, veillent toujours à rester à l’abri.
Pensez-vous que les Marocains sont une proie facile pour les manipulateurs? Cela risquerait de semer le doute sur tous les MRE.
Je ne suis pas d’accord avec ceux qui disent qu’Al Qaïda est composée essentiellement de Marocains. En fait, Al Qaïda procède à une distribution des rôles. Les Yéménites ont une zone d’intervention bien précise: les pays du Golfe. Les Marocains, en revanche, sont beaucoup plus nombreux et intégrés en Espagne. En Grande-Bretagne ce sont les Pakistanais qui seront sollicités par Al Qaïda. En France, les Algériens. Et ainsi de suite.
Est-ce que, désormais, Al Qaida ne fera plus appel aux kamikazes?
Les attentats de Madrid augurent incontestablement d’un changement d’attitude. L’action d’Al Qaïda se rationalise. Le message des attentats du 11 mars, à trois jours des élections, est clair. Conséquence: la gauche commence à regagner du terrain un peu partout en Europe. Al Qaïda veut également dire à Bush que sa guerre contre le terrorisme n’a pas anéanti le terrorisme. Au contraire.

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