Alerte à la rage

La fourgonnette cabossée s’arrête devant les locaux de la commune rurale Lahraouiyine, du douar qui porte le même nom, appelé aussi Chichane. Quatre personnes tous membres de la même famille en descendent pour rentrer chez eux. Ils reviennent de l’Institut Pasteur après s’y être rendus pour un traitement antirabique. Comme c’est samedi, on leur a promis qu’on s’occuperait de leur cas dès lundi matin.
Il s’agit d’un citoyen, de son épouse et de leurs enfants, contaminés par un âne cliniquement atteint de rage ! Rien que ça. L’histoire a commencé lorsque les habitants du douar Lahraouiyine se sont rendus compte des symptômes de rage chez l’âne en question, appartenant à la famille contaminée. Du coup, l’âne atteint est mis «sous les verrous» en attendant sa mise à mort par les services compétents. Il a été mordu par un chien enragé, mêlé aux nombreuses meutes qui sillonnent les ruelles défoncées du quartier Chichane. Un amas d’habitat insalubre qu’un esprit non averti prendrait pour un gigantesque camp de réfugiés. Vaches, chèvres, ânes, volailles et chiens, font partie du paysage du douar aux côtés de la population. Il est tout aussi familier de voir un tas d’ordures ménagères à côté d’un tas de fumier, séparés par un cours d’eaux usées nauséabond. C’est là aussi que jouent les enfants, pieds nus, à moitié nus. Les mouches se déplacent aisément d’un museau de chien à la morve coulante du nez d’un enfant innocent, de toute évidence inconscient, comme ses parents d’ailleurs, du grave danger qui le guette.
En outre, le véhicule de la contamination est la salive très infectante chez l’animal enragé dès la période d’incubation. La maladie débute environ trois semaines après une incubation. La contamination pouvant se faire par un simple coup de langue, l’on a du mal à estimer les risques. Toute personne mordue, griffée, léchée etc, peut être contaminée.
Ce samedi 9 mars 2002, les habitants du Chichane savent que la rage est présente dans leur douar.
Le comble du malheur est que ce douar souffre affreusement de manque de médicaments de base. S’attendre à voir des stocks de vaccin préservés pour ce genre d’urgence relève pratiquement du miracle. La famille à l’âne enragé a été sommée par le vétérinaire venu de la Communauté urbaine de se faire soigner sur le champ. Seulement, à la commune rurale de Lahraouiyine, les services ne disposent pas d’une seule dose de vaccin ! Or en principe, une commune doit avoir un stock d’au moins cent doses de vaccin. Ce n’est pas en se promenant un gourdin à la main, comme le font certains habitants soi disant prudents, que le danger est écarté. Pis encore. Dans la nuit, quand la circulation est presque nulle, les meutes de chiens errants parcourent Casablanca d’un bout à l’autre en toute quiétude. Beaucoup de gardiens de nuit dans les différents quartiers de la capitale économique adoptent quelques chiens qui leur servent d’assistants, mais qui vivent pratiquement dans la rue à l’abri de tout contrôle. Un incident est vite arrivé dans ce genre de situation. Il y a quelques années, à proximité du boulevard Oued Eddahab, une petite fille de huit ans avait été mordue par un chien. La petite Ilham est conduite à l’hôpital où l’infirmière lui administra des soins partiels. Un peu de désinfectant ajouté à un petit peu de mercurochrome.
Quand les parents de la fillette évoquent le risque que le chien risque d’être enragé, l’infirmière en bonne connaisseuse leur rétorque, que le mois de mars n’est pas la période de la rage chez les chiens ! Huit jours plus tard Ilham rendit l’âme. Dans certaines circonstances, les choix d’un commentaire sont considérablement réduits.

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