«Alger veut faire taire l’opposition à Tindouf»

«Alger veut faire taire l’opposition à Tindouf»

ALM : Quelles sont les raisons qui ont poussé les autorités algériennes à libérer votre frère alors qu’il vient d’être condamné à quatre ans de prison ferme ?
Hassana Boussaoula : Plusieurs considérations sont derrière la libération de mon frère par les Algériens. Cela est dû d’abord à la forte pression exercée par les populations séquestrées des camps de Tindouf. Ces populations ont publiquement manifesté leur colère suite à la peine requise et prononcée contre mon frère Messaoud par un tribunal algérois. Pour beaucoup de jeunes Sahraouis des camps de Tindouf, mon frère et les opposants de sa trempe représentent une lueur d’espoir pour aider à mettre fin au joug des séparatistes.
Ensuite, les efforts des ONG, des médias et de quelques personnalités internationales ont réussi à mobiliser autour de l’injustice faite à mon frère et, à travers lui, à toutes les voix discordantes à Tindouf. Ils ont surtout sensibilisé l’opinion publique aux vrais enjeux qui se cachaient derrière l’emprisonnement de mon frère. Il faut, enfin, souligner que les séparatistes craignent que la détention de mon frère déclenche des rébellions, vu la sensibilité de la conjoncture que vit le Polisario. Les séparatistes sont de plus en plus vulnérables depuis que le Maroc a pris les devants pour mettre fin au conflit.

Quelle a été l’origine de l’arrestation et de l’emprisonnement de votre frère ?
La popularité croissante de mon frère au sien de la population sahraouie aussi bien à Tindouf qu’à l’extérieur, ainsi que ses relations profondes avec les opposants à la direction du Polisario ont poussé les séparatistes à monter une affaire de toutes pièces contre lui . Il a manifesté à maintes reprises son opposition à la mainmise totale des algériens  sur le dossier du Sahara et il a dénoncé plusieurs  fois la soumission absolue des dirigeants  du Polisario  aux autorités d’Alger. Pour lui, c’était indigne d’une direction qui prétendait parler au nom d’un peuple qui n’existe que dans sa tête.

Mais comment peut-on expliquer l’impact de telles affaires sur le Polisario ?
Toutes les tribus ont été solidaires de mon frère. Les Algériens n’ont alors trouvé de solution que de libérer mon frère et ce à la demande même des séparatistes. Ces derniers savaient très bien que l’emprisonnement de Messaoud risquait d’être la goutte qui ferait déborder le vase. Autorités algériennes et séparatistes ont agi à contre-cœur pour réparer une gaffe dont ils avaient mal calculé les retombées. Malheureusement, des dizaines de jeunes, également opposés au Polisario,  sont toujours dans les prisons algériennes. Plus encore, leur sort est inconnu et les médias ignorent leur existence. Les ONG  internationales doivent agir pour les libérer. D’ailleurs, lorsque le chef du Polisario a été abordé par des médias espagnols à ce sujet, il a nié être au courant de l’affaire de mon frère. Mauvaise foi plus sournoise, on ne trouvera pas.

Quel est votre sentiment et celui de votre famille après la libération de votre frère ?
C’est un sentiment de joie, la joie non seulement pour la famille Boussouala, mais pour plusieurs tribus sahraouies. Et évidemment pour mon frère, ex-pilote et ex-responsable de la division technique de l’armée des séparatistes. Ce dernier est décidé à redoubler d’effort pour plus de liberté dans les camps de Tindouf. D’ailleurs, on dirait que l’histoire se répète parce que moi-même j’ai été parmi les premiers opposants jetés en prison par les séparatistes en 1974 pour la simple raison que j’avais le courage de s’opposer à leur politique.

Quelle appréciation faites-vous de l’initiative marocaine d’octroyer l’autonomie aux régions du Sud ?
C’est une initiative courageuse. Les autorités marocaines doivent faire des efforts pour  expliquer à la population du Sahara le contenu de cette initiative et lui montrer comment elle peut être directement impliquée dans la gestion des affaires de la région. Loin de toute tendance séparatiste, cette population est plus sensibles aux aspects de développement socioéconomique de la région.


 

Oueld Fuedal, victime d’un faux procès


En décembre 2006, les forces de sécurité algériennes avait arrêté Massaoud Oueld Fuedal Boussaoula, à son retour aux camps de Tindouf d’un voyage d’affaires en Espagne et en Mauritanie. Après deux mois d’arrestation, au cours desquels il a été soumis aux pires tortures, il comparaîtra devant un tribunal d’Alger. Le verdict a été aussi sévère que sans appel : 4 ans de prison ferme. Motif invoqué ? Une fausse affaire de contrebande de voitures. «Une accusation montée de toutes pièces», avaient décrié, et pas vraiment à tort, sa famille, sa tribu «Izergiyine», relayées par les défenseurs des droits de l’Homme à Tindouf, en Algérie et en Espagne. En vérité, le lourd verdict dont a écopé M. Fuedal, un militant des droits de l’Homme, était dû à son opposition déclarée à la direction du Polisario et à son intention de regagner, à l’instar de son frère Hassanna Boussaoula, la mère-patrie, le Maroc. Ce qui n’était pas pour plaire ni aux inquisiteurs polisariens ni à leurs tuteurs algériens. Tous les prétextes étaient bons pour «réduire au silence» Oueld Fuedal, un ex-pilote formé dans une académie militaire espagnole.

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