Algérie : Bouteflika préfère l’amnésie

Algérie : Bouteflika préfère l’amnésie

C’est ce jeudi 29 septembre que le président Bouteflika a appelé les Algériens à une consultation populaire autour de la «Charte pour la paix et la réconciliation nationale » élaborée par ses soins et visant officiellement à tourner la page de plusieurs années de chaos.
Toutefois, un mois de campagne référendaire n’a pas été suffisant pour Abdelaziz Bouteflika pour venir à bout des résistances et positions de principe des détracteurs de son projet. L’opposition appelle au boycott de la consultation, la Kabylie, elle, va plus loin et menace carrément d’observer une grève générale le même jour.
Selon les clauses de ladite charte, il est proposé d’abandonner toutes sortes de poursuites à l’encontre des terroristes qui acceptent de mettre un terme à leurs sanglantes activités et de remettre les armes. Sont exclues de cette mesure les personnes ayant pris part à des massacres, à des viols collectifs et à des attentats à l’explosif contre des lieux publics. La charte de Bouteflika promet même des mesures pour la réinsertion des terroristes, des commutations de peines et des grâces.
Les détracteurs de cette charte ne se comptent plus, malgré leurs divergences de vue parfois fondamentales. C’est ainsi que les principaux partis de l’opposition ont appelé au boycott de la consultation de ce jeudi. Le FFS (Front des forces socialistes) de Houcine Aït Ahmed et le RCD (Rassemblement pour la culture et la démocratie) de Saïd Saâdi estiment que cette charte ne fera que consacrer l’impunité et l’amnésie en faveur des égorgeurs intégristes et des autres parties impliquées dans les graves événements étalés sur plus d’une décennie. A ces deux partis historiques, s’ajoute le MDS (Mouvement démocrate et social) et les trois partis ont ce dénominateur commun d’avoir enregistré plusieurs arrestations dans les rangs de leurs militants qui ont eu l’audace d’appeler publiquement au boycott du référendum de ce jeudi. Car, accusent-ils encore, la campagne référendaire a fait l’objet d’une mainmise présidentielle sur toutes les tribunes d’expression et notamment sur les médias officiels et une grande partie de la presse. Des militants des partis pré-cités ont osé coller quelques affiches. Ils le paient de leur personne.
En plus des partis politiques d’opposition, Bouteflika s’est mis à dos, encore une fois, la Kabylie. Les Aârchs, courroucés par les dernières déclarations du président sur la langue amazighe (dont ils revendiquent le statut de langue officielle et non seulement nationale), ont appelé à une grève générale ce même jeudi. En Kabylie, où l’on n’a jamais pardonné aux terroristes l’assassinat de l’artiste – symbole Matoub Lounès, entre autres dizaines de milliers de morts, le sentiment est que le président algérien vise à absoudre les terroristes.
Les associations de défense des droits de l’Homme ne sont pas en reste. Pour elles, Bouteflika cherche à blanchir les forces de sécurité, et dont l’Etat, de leur implication dans la disparition de milliers de personnes. Selon ces dernières, près de 20.000 personnes, soupçonnées d’avoir soutenu ou eu de la sympathie pour les groupes terroristes, ont été enlevées, entre 1992 et 1998, sans plus jamais redonner de signes. Associations et familles affirment d’abord que le sort de ces derniers doit être élucidé et que soit établie la responsabilité de l’Etat. D’ailleurs, c’est ce que dit exactement Saïd Saâdi dont le quotidien « Liberté » rapporte les propos, et qui affirme que l’Algérie de Bouteflika aurait dû prendre le Maroc pour exemple de réconciliation nationale. Le leader du RCD qualifie l’initiative du président algérien de « bombe à retardement », rapporte le même quotidien dans une récente édition.
Même les terroristes ne semblent pas chauds pour ladite charte et notamment le GSPC (Groupe salafiste pour le combat et la prédication). Ces derniers rejettent l’initiative de Bouteflika. Et plus. Ils ont intensifié les massacres ces derniers jours. Depuis le début du mois de septembre, les attaques intégristes auront fait plus de 50 morts et près de 200 blessés. 
Abdelaziz Bouteflika est soupçonné de plus grave. Ses détracteurs l’accusent, en vertu d’une clause de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, de vouloir procéder à une révision de la Constitution pour briguer un troisième mandat à la présidence. Un grief qui serait aussi celui de Larbi Belkheir, nommé dernièrement ambassadeur à Rabat.
Ce référendum a commencé depuis plusieurs jours pour les Algériens de la diaspora. Autre grief de ses opposants, Bouteflika et son équipe ont tout fait pour assurer à ce référendum, hors d’Algérie, une propagande sans précédent. L’Algérie décidera aujourd’hui.

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