Algérie : Tout reste à régler

Depuis quelque temps déjà, les Algériens manifestent leur profonde insatisfaction aussi bien face à la dégradation continue de ses conditions de vie qu’à l’égard de la situation politique que connaît aujourd’hui son pays.
Quelque 70% pour cent des 31 millions d’Algériens sont âgés de moins de 30 ans. La population en colère estime que certaines des formations politiques «ne pointent le nez que quand il y a une élection» puis «disparaissent dans la nature jusqu’à la prochaine élection». On ajoute, d’autre part les candidats d’être avant tout intéressés par «les avantages financiers qu’ils peuvent tirer de leur statut de député». Il est vrai qu’être député actuellement représente 300.000 dinars (3.750 dollars) de salaire par mois, plus un logement à Alger… Une véritable insulte au chômage, qui touche 30% de la population active, et qui est considéré comme la principale cause de l’agitation constatée ces derniers mois dans plusieurs provinces, notamment en Kabylie. Et un certain nombre de forces politiques et de personnalités ne s’estiment pas en mesure de prendre part, tant les conditions d’un libre choix ne paraissent pas réunies. Quelque 38% des électeurs algériens déclarent qu’ils n’iront pas voter lors des élections législatives du 30 mai, selon un sondage publié mercredi par le quotidien «El Watan».
Une courte majorité (53%) affirme toutefois son intention de prendre le chemin des bureaux de vote et 9% des sondés déclarent qu’ils n’ont pas encore décidé ce qu’ils feront ce jour-là. Ce sondage fait apparaître un important taux d’abstention le jour du scrutin. Une abstention massive annoncée par le climat général de la campagne électorale qui tend vers l’indifférence et la morosité, comme en témoignent les panneaux d’affichage restés aux trois quarts vierges ainsi que le peu d’affluence vers les salles qui abritent les meetings organisés par les divers candidats. Le taux de participation à cette élection est, bien évidemment, «plombé» par l’appel au rejet des élections lancé par la coordination des Arouchs de Kabylie (comités de villages). Un appel au boycott relayé par plusieurs partis politiques, notamment ceux les mieux implantés en Kabylie et dans le centre du pays: le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD, démocrate), le Front des forces socialistes (FFS, démocrate) et le Mouvement démocratique et social (MDS, communiste). Parmi ceux qui n’iront pas voter, une forte majorité (53,8%) affirme adhérer au mot d’ordre de boycott, contre 33,7% qui déclarent seulement ne pas être intéressés par le scrutin. Ce sondage a été réalisé du 9 au 16 mai auprès d’un échantillon de 2.634 personnes représentatif de la population algérienne, selon la méthode des quotas.
Peu d’Algériens semblent croire que voter aux législatives du 30 mai aura un impact sur l’avenir de leur pays, bien que le président Abdelaziz Bouteflika les ait incités à «voter en masse» en assurant que c’était «une question de vie ou de mort». Selon le chef de l’Etat, élu il y a trois ans lors d’une présidentielle que tous ses concurrents avaient décidé de boycotter à la veille du scrutin, les élections du 30 mai devraient «renforcer la stabilité institutionnelle» de l’Algérie après les dix années sanglantes qu’elle vient de connaître.
Des propos que ne semble pas partager Taleb Ibrahimi, dirigeant du parti islamiste «Wafa », qui estime que «la composition de la future chambre est déjà connue en haut lieu». Selon l’ ancien ministre des Affaires étrangères, les quotas de l’Assemblée populaire nationale entre les partis de l’actuelle coalition gouvernementale «sont déjà répartis». «Le FLN (Front de libération nationale, ancien parti unique) obtiendra 40% des sièges et le RND (Rassemblement national démocratique) aura 30%», a pronostiqué M. Ibrahimi lors d’une conférence de presse tenue à Alger en avril. A propos d’un schéma de «sortie de la crise institutionnelle» que traverse actuellement l’Algérie, Ahmed Djeddaï, secrétaire général du FFS, a expliqué que le boycottage de ce scrutin «qui passe au-dessus de la tête des Algériens» vise à «créer une dynamique pour imposer une sortie négociée du pouvoir actuel».
«Notre action restera pacifique, nous n’avons pas vocation à fomenter la révolution ou à faire la guerre », a ajouté l’ex-général Ben Yelles, avant de porter de lourdes accusations sur l’enrichissement personnel de Bouteflika. «Il a été rétribué par un pays étranger.
Sinon, comment aurait-il fait pour vivre pendant 20 ans (entre 1979 et 1999, ndlr) dans les palaces étrangers. peut-être qu’il a hérité d’un oncle d’Amérique?».

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