Après les scissions les alliances

C’est une grand-messe qui a eu lieu, dimanche 7 juillet à Salé, pour fêter les retrouvailles entre le Mouvement Populaire (MP) et le MNP (Mouvement national Populaire).
Après la réunion des membres du comité central de chaque parti, les militants des deux côtés se sont retrouvés ensuite autour des deux leaders, Mahjoubi Aherdan et Mohand Laenser. Ces derniers, qui ont fait leur entrée dans la salle sous les vivats, affichaient la mine des grands jours. Moment privilégié pour les deux hommes qui furent ensemble jusqu’à 1986. Date ayant marqué leur divorce par un putsch- consacré par un congrès extraordinaire- qui a bouté Aherdan hors du MP dont il était le leader. S’estimant trahi par “ceux qu’il a fait“, le vieil Amghar entreprendra de créer un autre mouvement, le MNP et gardera dès lors une rancune tenace particulièrement à l’endroit de son ex-compagnon.
Malgré cette première “attaque“, le mouvement aherdaniste reste fécond. En 1996, un groupe de dissidents menés par Mahmoud Archane, sortiront des rangs et lance le MDS (Mouvement démocratique et social). Il y a quelques mois, un autre clan décide de quitter la maison Aherdan et se dote d’un autre parti, l’Union Démocratique de Bouazza Ikken. Ces diverses scissions furent toutes justifiées de la part de leurs auteurs par l’absence avec Mahjoubi Aherdan de démocratie interne et de véritables instances. Il est vrai que ce dernier, sauf le respect qu’on lui doit, a une conception toute folklorique de la politique. Un homme intempestif d’un naturel imprévisible qui fonctionne à l’humeur.
Un personnage haut en couleurs qui a le don de susciter la contestation des siens. Il ne le fait pas exprès. Il est comme ça. D’ailleurs, l’intéressé s’est toujours étonné à chaque fois qu’une partie de son entourage emporte avec elle un lambeau de son Mouvement.
À l’inverse, Mohand Laenser, avec ses manières feutrées, est un animal politique froid. Plus calculateur que retors, moins bagarreur que consensuel, le secrétaire général du MP n’est pas le genre d’homme à trancher dans le vif. Il laisse le temps faire son oeuvre. À sa décharge, il a su tenir pendant longtemps la maison MP à l’abri des turbulences en introduisant une bonne dose de discipline chez les troupes. Ce n’est que récemment qu’un groupe de factieux et d’ambitieux, emmenés par Ahmed El Fadili, a fait scission et donné naissance à Al Ahd.
Plus que toutes les autres composantes du paysage politique, la mouvance populaire est celle qui a subi un saucissonnage méthodique et régulier. Une espèce de décomposition nourrie d’ambitions personnelles sous couvert de volonté réformatrice affichée. Car les scissionnistes n’ont guère fait mieux que leur père spirituel Mahjoubi Aherdan. Souvent, ils ont reproduit dans leurs propres structures le même schéma figé qu’ils avaient dénoncé. Ce qui pose le problème de l’opportunité même de ces frondes en série. Peut-être qu’il était nécessaire d’organiser la décomposition pour donner ensuite une chance à la recomposition. D’ailleurs, le rapprochement électoral entre le MNP et le MP pourrait valider cette thèse et déboucher à terme sur la création d’un pôle plus large fédérant toutes les familles de la mouvance.
En attendant, la première étape concrète de cette alliance consiste à la mise en place de listes communes dans certaines circonscriptions. Une épreuve qui est loin d’être facile car elle risque de buter sur les ambitions personnelles des uns et des autres en ce qui concerne les têtes de liste. Déjà, le problème est crucial pour un seul parti… À deux… Une chose est sûre : C’est de cet examen de passage important que dépendra le sort du processus d’union ambitieux amorcé par les mouvements de Aherdan et Laenser. Comme quoi, il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Prudence…

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