Arifi : «Il faut développer Tighssaline»

Arifi : «Il faut développer Tighssaline»

ALM : Tighssaline est taxée de «capitale de la prostitution». Qu’en dites-vous ?
Moha Ouali Arifi : Tighssaline n’est pas la capitale de la prostitution. Un seul bar de Casablanca peut regrouper l’ensemble des filles de joie à Tighssaline si l’on peut oser une telle comparaison. Il est vrai que la région souffre de ce phénomène délicat comme n’importe quel patelin. Il prend de l’ampleur peut-être parce que Tighssaline se trouve sur l’axe Marrakech-Fès. Il faut savoir que cette localité est le centre administratif d’une commune rurale étalée sur une bande qui relie le Moyen-Atlas et le dir de ce dernier en direction de Midelt, mais aussi vers Béni Mellal au sud de Khénifra. Elle compte près de 15 000 habitants. La région souffre, entre autres, de la pauvreté, du chômage, de la sécheresse et de l’analphabétisme. Selon les statistiques officielles, le taux de la pauvreté a atteint 11,20 %. Ce qui expose toute une génération à la délinquance, à la drogue et à la prostitution. Ceci s’est reflété ces dernières années par l’exode rural et l’ampleur des fléaux de la drogue et de la mendicité. On constate la baisse de l’âge des prostituées qui a atteint des niveaux effrayants ainsi que la détérioration alarmante des conditions de vie de la population. Il faut signaler, en outre, que les filles qui s’adonnent à la prostitution ne sont pas toutes originaires de Tighssaline. Nombreuses sont celles qui proviennent d’autres villes comme Casablanca, Meknès et Boujaâd.

Votre association mène un travail sur le terrain pour sensibiliser et soutenir les «travailleuses du sexe». En quoi consiste ce travail ?
Premièrement, notre association a pour objectif d’améliorer la qualité de vie de la population et nous considérons que l’être humain est une valeur en soi. Nous apportons l’encadrement nécessaire aux femmes en vue de les insérer dans le développement durable. Pour les «travailleuses du sexe», nous avons mis en place un programme de sensibilisation et de prévention contre les maladies sexuellement transmissibles, dont le Sida. Nos partenaires dans cette opération sont l’Association marocaine de solidarité et de développement (AMSED), l’OPALS de Khénifra et la délégation de la Santé dans la même ville. Nous essayons d’informer et de sensibiliser ces femmes aux dangers de ces maladies et sur l’importance de la prévention. Les jeunes filles s’adonnent à cette activité pour gagner leur vie. Alors, pour contribuer à la réduction de l’ampleur de ce phénomène, nous préparons un projet de coopérative d’élevage de caprins au profit des «travailleuses du sexes». Cette activité leur permettra d’avoir un revenu stable. Nous prévoyons également de créer une fromagerie. Toutefois, toutes ces actions restent insuffisantes. Tighssaline a besoin d’un programme de développement global. Les besoins de la région sont énormes et il faut agir au plus vite.

Quelles sont les autres activités de l’association ?
Depuis sa création en 1997, l’«Association sociale pour le développement de Tighssaline» mène un travail de proximité. Nous avons créé un centre de développement social à usage polyvalent, en partenariat avec l’ambassade du Japon au Maroc et le ministère de l’Equipement. Nous avons réalisé un programme d’alphabétisation au profit de 1010 bénéficiaires en collaboration avec la Direction de la lutte contre l’analphabétisme. Pour contribuer à la scolarisation des filles rurales, nous avons construit un foyer pour qu’elles puissent poursuivre leurs études au collège de Tighassaline. Ce projet a été réalisé en partenariat avec le Comité de soutien à la scolarisation de la fille rurale (CSSF) et le projet ALEF. La Fondation Mohammed V pour la solidarité nous a soutenus pour la construction d’un centre de formation et de sensibilisation pour la femme. Mais notre action reste axée plus particulièrement sur les activités génératrices de revenus. En collaboration avec la même Fondation, nous avons acheté et distribué 100 chevrettes à 33 femmes de la commune.

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