Attentats de Madrid : le PP maintient la théorie du complot

Trois communiqués de la Direction générale de la police et du Parquet de l’Audience nationale en cinq jours ont démenti des allégations du quotidien libéral El Mundo, reprises à son compte par le leader de l’opposition, le président du PP Mariano Rajoy.  Dernier épisode en date: le feuilleton dit de "la besace de Vallecas", en référence à l’une des preuves fondamentales de l’enquête incriminant un réseau islamiste.
Ce sac contenant l’une des 13 bombes du 11 mars, retrouvé dans l’un des quatre trains visés, avait été transporté au commissariat du quartier madrilène de Vallecas où l’engin non explosé avait été désactivé, livrant la piste essentielle de l’enquête.  Mais El Mundo affirme, et Mariano Rajoy lui a emboîté le pas, que cette besace n’a pas été retrouvée dans un train et que sa provenance est inconnue. 
En réponse, le juge Juan del Olmo, qui mène l’enquête et s’apprête à prononcer des inculpations, a partiellement levé lundi le secret de l’instruction, notamment sur l’interrogatoire du policier responsable du transfert des effets personnels retrouvés dans les trains. Les éléments discréditent la thèse du Mundo. Le Parquet de l’Audience nationale a assuré que les pièces à conviction avaient "à tout moment" été surveillées par la police. Le journal, appuyé par la radio de l’épiscopat, la Cadena Cope, persiste mardi, et publie une interview de M. Rajoy qui lui aussi pense que "l’enquête est remise en question" et pourrait devoir être "annulée". Le PP discrédite ainsi par avance un verdict consacrant la piste islamiste qui devrait intervenir à un fort mauvais moment pour lui: peu avant les législatives de 2008. Le PP n’a jamais cessé, depuis le lendemain des attentats et moins encore après sa défaite aux législatives du 14 mars 2004, de mettre en doute la piste islamiste, aux effets électoraux dévastateurs car liée à l’alignement pro-américain sur l’Irak du gouvernement de José Maria Aznar.
Au contraire, il s’est acharné d’abord à attribuer les attentats à ETA, puis à soutenir que l’organisation armée basque était l’instigatrice de cette machination destinée selon lui à lui faire perdre les élections.  El Mundo a affirmé la semaine dernière qu’il existait une relation entre ETA et l’un des principaux suspects des attentats, le Marocain Jamal Ahmidan. A la suite de ces "supposées informations", le juge del Olmo avait demandé à la police de lui confirmer que la piste d’ETA n’existait pas.  "Il est inacceptable que des dirigeants politiques sèment le doute sur l’honorabilité et le professionnalisme (de la police) au lieu de protéger son rôle inestimable dans l’Etat de droit", a protesté lundi la Direction générale de la police, qui avait déja démenti les "allégations fallacieuses" du Mundo.
Le quotidien El Pais (centre-gauche) fustige mardi les "théoriciens de la conspiration" et estime que "Rajoy a dépassé les limites" en cherchant à "discréditer les institutions de l’Etat". La vice-présidente du gouvernement, Maria Teresa Fernandez de la Vega, a dénoncé "l’irresponsabilité sans limites" de M. Rajoy. Mais l’éditorial le plus sévère vient de droite: le quotidien ABC parle d’un "jugement parallèle extraordinairement irresponsable" et s’en prend à ceux qui "essaient de délégitimer l’Etat de droit, auquel se sont aussi attaqués les terroristes" du 11 mars 2004.

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