Auditions publiques : L’émotion partagée

Auditions publiques : L’émotion partagée

Aïssa Ouardighi : Restituer la vérité
Entendre des victimes de répressions étaler leurs souffrances personnelles et celles de leurs familles ou amis était un moment fort plein d’émotion. Il est de notoriété publique que la restitution de la vérité est un événement très important. Mais quand cette vérité est restituée par les personnes mêmes qui ont payé le prix fort pour défendre leurs idées et leurs idéaux est tellement plus symbolique. J’estime que c’est un premier pas vers la réconciliation et le rétablissement total de la vérité. Ces auditions publiques permettent à tous les Marocains de se pencher sur cette page sombre de l’histoire de notre pays, celle page salie par des dépassements dont ont été victimes des centaines et des milliers de Marocains. Les personnes qui ont pris la parole en étaient un échantillon très représentatif.

Mohamed El Abied : Nouvelle voie
C’est une initiative positive dans la mesure où elle affiche la volonté forte de l’Etat de tourner la page des répressions et des dépassements des droits de l’Homme qui ont eu lieu par le passé. Permettre aux victimes des disparitions forcées et détentions arbitraires constatées entre 1956 et 1999 de raconter ce qu’ils ont vécu durant de nombreuses années de souffrance est à mon sens une manière de les réhabiliter. Ce qui m’a le plus interpellé lors de ces moments d’émotion est que la vraie vérité a été dite, ce qui pourrait créer une ambiance et une atmosphère de réconciliation. Ce qu’il faudrait cependant c’est de réunir toutes les conditions pour que les témoignages ne soient pas exploités. Les victimes des années de plomb qui ont pris la parole devant des millions de Marocains ont permis à notre pays de s’engager sur une nouvelle voie, qui ne pourrait le mener que vers le développement.

Ahmed Zaïdi : Les Marocains sont mûrs
J’étais sur place lors de la première séance d’audition et je peux dire que l’émotion était à son comble. C’était un événement extraordinaire qui a démontré la maturité du peuple marocain.
Les personnes qui ont pris la parole ont fait preuve d’un grand sens du nationalisme et de la responsabilité. Ils ont parlé de leurs souffrances sans pour autant tromper dans la vengeance ou la rancoeur.
Un seul point en commun entre les différentes interventions : l’importance que ces actes qui ont marqué une période de notre histoire ne se répètent plus. J’estime que cette opération a été un franc succès puisqu’elle a balayé les réserves formulées par certains sur les risques de dérapage quant à la retransmission en direct des auditions par les deux chaînes de télévision nationales. Je tiens également à féliciter les responsables de l’Instance Equité et Réconciliation qui ont su présenter un échantillon de témoignages diversifiés et très significatifs puisqu’il y avait ceux qui ont relaté une expérience personnelle, une mère qui a témoigné de la souffrance de la perte d’un fils…

Abdellah Oualladi : Protéger les générations futures
Ce que nous avons vécu lors des auditions est une chose très positive dans la mesure où toutes les interventions ont été positives. Autant les personnes, victimes des années de plomb, qui ont pris la parole lors des auditions publiques retransmises sur les écrans de la télévision, ont été précises dans leur description des différentes formes de torture et de souffrance qu’ils ont subies, autant ils étaient unanimes à insister sur la nécessité de voir ce genre d’agissements bafouant les droits de l’homme les plus élémentaires, cesser. Tous ceux qui ont pris la parole ont formulé le voeu de protéger les générations futures de ce genre de dépassements. J’aimerais également rendre homme à l’Instance Equité et Réconciliation» qui a réussi une bonne organisation.

Larbi Messari : Confiance rétablie
C’étaient des moments uniques que ceux que nous avons vécus lors de la première séance des auditions publiques des victimes des années de plomb. Nous avons écouté avec attention, mais surtout avec la plus grande émotion des témoignages douloureux sur une époque qui a marqué notre histoire. Une page noire qu’il faudrait tourner après l’avoir lu pour pouvoir en tirer les enseignements à même de nous éviter de revivre les mêmes cauchemars. Lors des dernières semaines, je me trouvais dans trois pays, Tunisie, Italie et Espagne en l’occurrence, et nombreux sont ceux qui me posaient la même question : «Est-il vrai que ces auditions vont passer en direct à la télévision ?» Ma réponse positive a étonné plus d’un. Mais maintenant que les Marocains ont pu vivre, ne serait-ce que par la parole, la souffrance des victimes, je pourrais dire que leur confiance en un Maroc démocratique et respectueux des droits de l’Homme est revenue.

Chaouki Benyoub : Se réconcilier avec notre histoire
Les auditions publiques des victimes des disparitions forcées et détentions arbitraires constatées entre 1956 et 1999 constituent un moment historique qui a permis aux Marocains de se réconcilier avec leur passé. C’est une première dans un pays arabe et musulman qui est l’apanage des grandes nations courageuses qui voudraient retourner à jamais une page sombre de son histoire. Une manière de rendre hommage à ces victimes et de les réhabiliter devant des millions de Marocains. Permettre à ces personnes de raconter leur souffrance est à mon sens une manière de reconnaître que les dépassements ont eu lieu. C’est également une façon d’insister sur la nécessité que ces agissements ne se reproduisent plus. Ces auditions ont permis d’encrer la culture des droits de l’Homme dans notre société. C’est un grand pas en avant qui nécessite beaucoup plus de temps pour qu’il soit assimilé et compris comme il le faut.

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