Auditions publiques : un acte courageux

Les auditions publiques des victimes des graves violations des droits de l’Homme ont été une étape des plus délicates, et des plus harassantes, pour l’équipe Benzekri. Depuis le 21 décembre 2004, les Marocains ont pu écouter, de vive voix -et mettre des noms sur des visages inconnus pour la majorité- raconter les péripéties de sombres épisodes de ce qui est communément appelé les «années de plomb».
Le ton sera donné à Rabat avant Marrakech, Khénifra, Errachidia, Figuig et Al Hoceïma, villes au passé chargé.
Dans l’optique de l’IER, exorciser le passé, c’est aussi en parler, partager avec d’autres, le maximum en l’occurrence, les terribles moments passés dans un lieu de détention secret ou dans un local de police. Selon des statistiques arrêtées par l’IER, les témoins auditionnés lors des sept auditions publiques sont des femmes à raison de 27 %, soit un peu plus que le quart. Car, si époux, père ou frère souffraient les affres d’une détention arbitraire, sœurs, épouses ou mères avaient eu leur lot du calvaire quand ce n’est pas toute la tribu ou le quartier. 82 % des intervenants ont plus de 45 ans et 85 % étaient des victimes directes des violations des droits de l’Homme. 76 % également des intervenants étaient victimes de détention arbitraire dans des centres secrets, à raison de 70%.
Au-delà des détails, qui ne gardera pas gravées dans la mémoire l’intervention de cette digne femme surnommée «Oummi Fatma» aux propos mélangeant amertume et humour pour parler de longues années de calvaire. Ou alors le courage d’un Ahmed Herzenni qui dira que la responsabilité est partagée, qu’elle doit être également assumée de l’autre côté : celui des «opprimés» !
Grands moments de vérité, il était intéressant de constater qu’une bonne partie des intervenants se disaient prêts à pardonner s’ils ne l’ont pas déjà fait comme en ont témoigné plusieurs victimes.
Des moments dramatiques, on en vivra aussi lors de ces auditions publiques qui ont été marquées, parfois, de quelques incidents. L’IER, malgré toutes les critiques qui lui ont été faites, a fourni d’énormes efforts pour assurer la logistique nécessaire aux auditions publiques, mais surtout l’accompagnement et la prise en charge, médicale et psychologique entre autres, des témoins.
Au Maroc, mais surtout dans le monde, les médias ont été de la partie pour saluer une expérience sans précédent dans le monde arabe et africain. Des pays, dont le Bahreïn, ont demandé à bénéficier du travail fourni à ce niveau par l’IER.
Sauf que l’exploit, et le plus intéressant, restera le fait d’avoir permis le partage d’un pan de l’histoire du Maroc contemporain entre ceux qui ont payé de leur être et les générations qui ont suivi. Le tout dans le respect d’une sorte de contrat moral scellé entre l’IER et les témoins. Mission accomplie.

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