Aznar et la fondation Franco

Plusieurs personnes s’interrogent sur la maturité du processus démocratique en Espagne. D’un côté, le gouvernement espagnol interdit un parti politique HERRI BATASUNA (HB), portant un coup dur à la réconciliation nationale. Et d’un autre côté, il garantit une extraordinaire impunité aux partisans de Franco en Espagne au nom de cette même réconciliation nationale.
Ces personnes soulignent que le franquisme est, a été et sera toujours un fascisme. Quel est le lien entre l’interdiction du parti basque, Aznar et Franco ? Ce lien nous est offert gracieusement, « Felicidades » par la Fondation Nationale Fransisco Franco (FNFF).
La Fondation Franco, dirigée par sa fille Pilar, fut fondée en 1977 par Carmen Franco. Ses objectifs sont de « diffuser la connaissance du généralissime dans ses dimensions humaines, politiques et militaires ». Elle organise aussi chaque année la commémoration de la mort du caudillo. Elle orne sa tombe de fleurs, ainsi que celle de Jose Antonio Primo de Rivera, fondateur du parti de la phalange (extrême droite). Mais la plus grande gloire de la Fondation est toutefois d’avoir réussi, depuis l’époque de la transition, à fermer aux historiens de tous horizons l’accès aux archives de Franco qu’elle détient. Malgré tout, cette fondation, dont le but est, rappelons le, de veiller sur la mémoire du dictateur fasciste, reçoit 10% des fonds destinés par le ministère de la Culture à des projets d’archivage de documents, soit 830 070 dirhams. Et c’est ainsi qu’à l’heure où le premier ministre d’un gouvernement européen, signataire de la Convention Européenne des droits de L’Homme, se mêle d’interdire un parti politique, on apprend que les services de l’un de ses ministères financent une association qui exalte la mémoire de la dictature franquiste.
C’est le journal catalan El Periódico de Cataluña qui a révélé l’information. Elle a fait quelques vagues en Espagne, et le président de Iniciativa per Catalunya Verds (ICV), Joan Saura, a déposé le 24 septembre une loi au Parlement espagnol exigeant que la ministre de la Culture, Pilar del Castillo, prenne ses responsabilités et démissionne. Evidemment la ministre n’a pas démissionné. Elle a même rencontré le soutien courageux (ou intéressé ?) du ministre des Affaires étrangères.
Quand le gouvernement espagnol interdit un parti et finance dans le même temps la Fondation Franco, il parle ce double langage qu’il reproche à HB. Il retire aux uns le financement dû aux organisations politiques parce qu’ils ne participent pas pleinement au processus politique et donne aux ennemis historiques de ce processus les moyens de continuer leurs activités antidémocratiques. La clarté morale que revendiquent le premier ministre de l’Espagne et ses acolytes n’est pas donc sans faille. Leurs leçons de morale politique et démocratique doivent en conséquence être prises pour ce qu’elles risquent de devenir : un chant castillan un peu aigre à la mémoire du franquisme perdu.

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *