Baccalauréat : échec d’un système

Baccalauréat : échec d’un système

Seulement 37,7 % de taux de réussite dans les épreuves du baccalauréat cette année, contre 64 % enregistré en 2001-2002. Un taux alarmant et qui pose plus d’une question sur le système éducatif national. Le recul de 27 % par rapport à l’année dernière est de taille, surtout que cette année a enregistré une hausse de 35,66% du nombre de candidats, établi à 230.659, par rapport à la session de juin 2002. Que s’est-il donc passé ? Rien de plus que la révision totale du système des examens. L’année scolaire en cours d’achèvement a été marquée par l’instauration d’un nouveau système qui consiste en un examen normalisé au niveau national en deux sessions ordinaires. Une session de rattrapage a été instaurée pour les élèves ayant une moyenne générale comprise entre 8 et 9,99 sur 20. Les examens de rattrapages auront lieu du 3 au 5 juillet prochain. Ils couvrent l’ensemble des matières et non seulement celle(s) où l’élève aurait échoué. C’est pour le moins pénalisant. Le baccalauréat se déroule désormais sur deux ans. Les élèves de la première année du baccalauréat, toutes branches confondues, doivent passer un examen régional normalisé les 12 et 13 juin, avec une session de rattrapage prévue les 16 et 17. La spécificité des examens de la première année est que ces derniers concernent les matières littéraires pour les élèves spécialisés en sciences et l’inverse pour les élèves littéraires. S’agissant de la deuxième année, les épreuves normalisées concernent uniquement les matières scientifiques, auxquelles s’ajoutent la Philosophie et la deuxième langue étrangère, pour les élèves des branches scientifiques et littéraires. La notation globale des épreuves du baccalauréat est constituée à hauteur de 25% de l’examen régional normalisé de la première année, 25% des résultats du contrôle continu au cours de la deuxième année et 50% des résultats de l’examen normalisé de la même année. L’autre «bizarrerie» des examens de cette année est qu’ils se sont déroulés selon deux systèmes : l’ancien pour les élèves ayant redoublé l’année dernière et le nouveau pour les élèves qui passent leur bac pour la première fois. Il s’agit en fait moins d’une nouveauté que d’un retour progressif à l’ancien système d’examens. Une nouvelle formule qui a été loin de passer inaperçue. Le taux d’échec enregistré a donné lieu à une vague de protestations des élèves. Des grèves sont prévues dans plus d’un lycée de la capitale économique. «On ne savait pas que les résultats de la première année allaient être pris en compte. On n’était pas prévenus, encore moins préparés à ce casse-tête», déclare une jeune élève. A cela s’ajoutent des erreurs commises lors du déroulement de ces examens par manque d’assimilation de ce système par ceux-là même qui étaient censés le vulgariser auprès des élèves, en l’occurrence les enseignants. A titre indicatif, le Lycée Tarik de Khénifra a été le théâtre d’une véritable pagaille au cours de ces examens. Les copies des épreuves de la section Lettres modernes ont été distribuées aux élèves de la Section Sciences. Et vice vers ça. Mieux encore : les anciens élèves en sciences ont eu à résoudre les épreuves des élèves nouveaux…en Lettres modernes. Un chamboulement à ne plus savoir à quel saint se vouer. Mais une chose demeure certaine. Une fois n’est pas coutume, seuls les élèves ayant les compétences et le back-ground nécessaires à de telles épreuves ont réussi leur bac. «Comment concevoir qu’un élève qui a passé toute sa vie à accuser des 6 et 7 en moyenne générale puisse décrocher son bac. J’ai eu à m’occuper de trois classes cette année. Et je peux dire que les étudiants méritants n’ont pas souffert de ce nouveau système», déclare Othmane Benalila, professeur de philosophie au Lycée Moulay Ismaïl de Casablanca. Pour lui, ce n’est pas le système des examens nouvellement adopté qu’il faut remettre en question mais tout le système éducatif qui, par un cumul de tares et de dysfonctionnements, a abouti à ce résultat catastrophique. Arabisation désordonnée, manque de moyens pédagogiques, absence de perspectives… Des facteurs qui, entre autres, contribuent à la vague de désintérêt qui sévit parmi les jeunes élèves. Un niveau scolaire au plus bas d’un côté. De l’autre, le chômage qui guette tout diplômé. Pris entre cette double contrainte, les jeunes élèves ne voient plus d’intérêt à continuer leurs études, encore moins à les pousser vers des études universitaires. Le pourcentage des bacheliers qui s’inscrivent dans les universités reste faible. Celui qui va jusqu’au bout dans ses études universitaires l’est encore plus. En attendant une session de rattrapage qui ne risque pas de faire foule, étant donné les faibles moyennes enregistrées, il y a lieu de se demander à quoi sert le bac… à l’heure où le bac de la désillusion déborde.

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