Baltasar Garzon voit des kamikazes partout

Baltasar Garzon voit des kamikazes partout

C’était prévisible. Le témoignage du juge de l’Audience nationale espagnole, Baltasar Garzon, devant la commission parlementaire d’enquête sur les attentats du 11 mars à Madrid ne pouvait pas passer sans faire parler d’elle. Les quelques minutes que le célèbre juge d’instruction a passées au siège du Congrès des députés (Parlement espagnol) ont été suffisantes pour qu’il provoque un tournant dans le débat sur la détermination des responsabilités politiques et techniques avant les attentats de Madrid et durant les jours qui suivirent la catastrophe.
Parmi les déclarations du juge espagnol, ce sont celles relatives au Maroc qui ont provoqué le plus de controverse. En effet, le juge espagnol avait déclaré, lors de son témoignage devant la commission d’enquête, que le Maroc compterait quelque 100 cellules terroristes liées à Al-Qaïda et qui seraient prêtes à mener des attentats-suicide. Garzon a fait ces affirmations en se basant, selon ses déclarations, sur des rapports émanant des sources de la police et des services de renseignements. Aussi, a-t-il affirmé que chacune de ces cellules compte cinq à dix membres.
« Ce qui fait environ 900 ou mille personnes qui pourraient être recherchées par la police aujourd’hui au Maroc », a-t-il précisé avant d’ajouter : « à mon avis, c’est le plus grave problème auquel l’Europe doit faire face aujourd’hui avec cette sorte de terrorisme ». Selon les déclarations de Garzon, plusieurs de ces cellules sont dans le nord du Maroc et leurs membres qui parlent parfaitement espagnol sont en mesure d’entrer et de sortir facilement d’Espagne, juste de l’autre côté du détroit de Gibraltar. « Les islamistes utilisent tous les moyens disponibles pour opérer dont le trafic de drogues ou de voitures de luxe volées qu’ils utilisent pour se financer ce qui crée un problème d’interrelation entre le terrorisme et le crime organisé », a-t-il dit. Les déclarations du juge Garzon, qui ont été diffusées en direct sur la chaîne de télévision espagnole publique, le jeudi 15 juillet, avaient immédiatement fait le tour du monde. La presse espagnole en faisait écho le lendemain en titrant sur la « menace terroriste » que le Maroc constituerait pour l’Europe.
Au Maroc, l’indignation de l’opinion publique a été forte et la presse nationale n’a pas manqué de critiquer les déclarations du juge espagnol jugées trop alarmistes, non conformes à la réalité et inamicales envers le royaume puisqu’elles portent atteinte à son image.
Côté gouvernement, aucune réaction officielle n’a été enregistrée. Pourtant, les déclarations du juge espagnol sont très graves. Pour ce qui est des formations politiques, aucun parti n’a pris l’initiative de réagir aux affirmations du juge Garzon. La seule exception a été celle du Parti de la Justice et du Développement (PJD) qui a « dénoncé les déclarations attribuées par certains médias au juge espagnol, Baltasar Garzon, en charge des affaires liées au terrorisme, selon lesquelles le Maroc abriterait un millier de kamikazes potentiels » et les a qualifiées d’être « sans fondement ».
Certes, la réaction du parti islamiste est apparemment dictée par le fait qu’il se sent visé à chaque fois que la menace islamiste au Maroc est évoquée, mais il faut reconnaître qu’il a été le seul à manifester sa position face aux déclarations de Garzon. Par ailleurs, les affirmations du juge espagnol ont été modérées par des déclarations rapportées par la deuxième chaîne de télévision marocaine selon lesquelles, Garzon aurait démenti les propos qui lui ont été attribués. « Des sources proches du juge espagnol, Baltasar Garzon, en charge des affaires liées au terrorisme, ont démenti les propos attribués au magistrat selon lesquels le Maroc abriterait un millier de kamikazes potentiels », a rapporté samedi la deuxième chaîne nationale ajoutant que ces sources ont rejeté l’orientation et les interprétations données à ces propos qui ont été « isolés de leur contexte ».
D’ailleurs, la presse espagnole a rapporté, vendredi, que le juge Garzon avait souligné, vendredi lors d’une intervention devant l’université d’été à Madrid, que le Maroc déploie, « depuis des années, des efforts considérables pour lutter contre le terrorisme qui ont débouché sur l’arrestation et le jugement de plus de 2000 personnes liées à ce phénomène international ».
Il s’agit évidemment d’une tentative de la part du juge espagnol d’atténuer l’effet de ses déclarations de la veille. Car, dire que les affirmations du juge devant la commission d’enquête ont été isolées de leur contexte est une aberration puisque son intervention a été retransmise en direct sur la première chaîne de télévision publique espagnole TVE1 ainsi que sur la chaîne d’information continue « 24 horas ».
En tout cas, dire que le Maroc abriterait plus d’un millier de kamikazes prêts à s’immoler est une grave accusation de la part du juge Garzon. Certes, il avait effectué, quelques semaines auparavant, une visite de travail au Maroc durant laquelle il a été autorisé à accéder à tous les dossiers sur les attentats de Casablanca, mais, cela ne lui permet guère de faire des affirmations aussi graves et qui portent atteinte à l’image du pays.

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