Bank Al-Maghrib : tensions sur les réserves de change

L’économie marocaine maintient sa résistance face aux effets de la récession mondiale. C’est ce qui ressort du rapport annuel de la Banque centrale sur la situation économique, monétaire et financière au titre de l’année 2009 . Dans son allocution devant Sa Majesté le Roi Mohammed VI, samedi 28 août 2010, Abdellatif Jouahri , gouverneur de Bank Al-Maghrib, a souligné que «la résilience de la demande intérieure ainsi que le fonctionnement normal du marché du crédit, conjugués au climat de confiance et aux mesures prises par les pouvoirs publics, notamment dans le cadre du Comité de veille stratégique, ont contribué à l’atténuation des effets de la conjoncture économique mondiale». En énumérant les performances économiques enregistrées durant 2009, M. Jouahri a mis en relief la progression de l’activité agricole. La valeur ajoutée agricole s’est dans ce sens accrue de 30,6% . Cette hausse a permis de maintenir la croissance globale à un rythme de 4,9%. Sur le marché de l’emploi, le taux de chômage a de nouveau baissé. Au titre de l’année 2009 , ce taux s’est établi à 9,1%, contre 9,6% en 2008, recouvrant un repli du taux urbain et une stabilité en milieu rural malgré l’amélioration des activités agricoles.  Par ailleurs, la croissance du PIB non agricole est passée de 1,4% au quatrième trimestre 2008 à un point bas de 0,6% au premier trimestre de 2009, pour graduellement augmenter et se situer au troisième trimestre 2009 à 2,6%, indique le rapport. Et de poursuivre que «cette croissance s’est limitée pour l’ensemble de l’année 2009 à 1,4%, contre 4,2% en 2008, traduisant ainsi une synchronisation accrue de l’économie nationale avec le cycle d’activité des principaux pays partenaires».
S’agissant de ce point, le gouverneur de Bank Al-Maghrib affirme que cette évolution reflète la forte contraction de la demande extérieure, notamment de la zone euro, adressée à certaines branches industrielles, ainsi que le ralentissement dans le secteur du tourisme et du transport. De même, la politique budgétaire de 2009 a été caractérisée par des mesures de soutien à la croissance, axées sur la relance par l’investissement et sur la poursuite de la mise en œuvre de la réforme fiscale. Selon M. Jouahri, ces mesures, conjuguées aux effets du ralentissement des activités non agricoles sur les recettes fiscales, sont traduites par un déficit budgétaire de 2,2% du PIB ainsi que par un net ralentissement du mouvement baissier du ratio de la dette du Trésor par rapport au PIB qui s’est stabilisé autour de 47%. Ce léger creusement du déficit n’a toutefois pas remis en cause la soutenabilité budgétaire à moyen terme, en dépit d’une conjoncture peu favorable et de l’atténuation des effets des efforts d’optimisation de l’assiette fiscale et du recouvrement. En outre, le recul des transferts courants et des flux d’investissement étrangers a pesé sur la dynamique de la consommation et de l’investissement privés. Au niveau de la balance des paiements, l’effet modérateur des recettes touristiques et des transferts des Marocains résidant à l’étranger, au cours des dernières années, n’a pas permis de réduire significativement le déficit courant. En dépit de l’allégement marqué du déficit commercial, le solde négatif des échanges commerciaux a représenté 20,8% du PIB au lieu de 24,7% en 2008, tandis que les voyages et transferts courants ont dégagé des soldes positifs en recul de 11,7 et 13,6% respectivement. Compte tenu de ces évolutions, le déficit du compte courant s’est établi à 5% du PIB, après 5,2% en 2008 et six années d’excédent, indique-t-on.  Au regard notamment du fléchissement des investissements directs étrangers, le financement des opérations courantes s’est traduit par une hausse de près de 18 milliards de dirhams des emprunts et crédits commerciaux et par une nouvelle contraction des réserves de change qui ne couvrent plus que près de 7 mois d’importations de biens et services, note M. Jouahri dans son allocution. En outre, les résultats du compte courant au cours des deux dernières années ont plusieurs révélations. Bien qu’ils ne portent pas atteinte à la viabilité des équilibres extérieurs, ils traduisent cependant la persistance de certaines fragilités structurelles. Dans ce cadre, le gouverneur de Bank Al-Maghrib a fait savoir qu’en l’absence d’évolutions fondamentales, l’importance de la demande d’importation, combinée à une dynamique limitée des exportations, ne pourrait qu’accentuer les tensions sur les réserves de change ou accroître la dépendance de l’économie nationale vis-à-vis des transferts courants et du financement extérieur, soumis aux fluctuations des conditions économiques et financières internationales. Toutefois, l’ampleur et l’étendue de la crise mondiale, ainsi que les incertitudes quant à son dénouement ont poussé M. Jouahri a dressé une liste de recommandation. Dans ce sens , le gouverneur de Bank Al-Maghrib a appelé à l’accélération des actions visant l’amélioration continue du système éducatif et de la compétitivité globale des activités productives. M. Jouahri a prôné également le renforcement de la bonne gouvernance des politiques publiques et le climat des affaires, tout en préservant la stabilité macroéconomique et en rehaussant les dispositifs mis en place pour pallier aux déficits sociaux. Comme il est impératif de traiter la problématique du déséquilibre du compte courant de la balance des paiements, en réduisant la concentration des exportations sur des produits à faible contenu technologique ainsi que sur des marchés au potentiel de croissance limité. Au niveau des finances publiques, M. Jouahri a jugé primordial de poursuivre la consolidation de la soutenabilité budgétaire à moyen terme. Dans ce sens, la réforme du dispositif de compensation doit être accélérée et des actions de rationalisation des dépenses de fonctionnement méritent d’être mises en œuvre afin de dégager les surplus devant soutenir les efforts de résorption des déficits sociaux. Parallèlement, le processus d’approfondissement financier devrait être consolidé par le développement de l’épargne longue et l’extension de l’accès aux services financiers aux couches à revenu modeste.

Le secteur bancaire fait preuve d’une grande résilience
Le secteur bancaire a vu ses indicateurs poursuivre leur orientation à la hausse en 2009. Le retour graduel de la progression du crédit à un rythme compatible avec la croissance économique n’a pas impacté la rentabilité des banques et l’effet du ralentissement des dépôts sur leur capacité de prêt a été largement compensé par la hausse des injections de Bank Al-Maghrib et par l’accroissement de leurs levées sur les marchés des titres de créance. De même, la solvabilité des banques s’est renforcée après que la Banque centrale ait relevé dès fin 2007 le minimum réglementaire de 8 à 10%. Bénéficiant de fondamentaux sains, les principales banques ont renforcé leur positionnement au Maghreb et en Afrique , zones à fort potentiel de croissance. Cette orientation, qui fait l’objet d’une surveillance rapprochée de la part de Bank Al-Maghrib, contribue de manière croissante aux performances de ces banques. Parallèlement, la Banque centrale a poursuivi les actions destinées à aligner le secteur bancaire national sur les meilleurs standards internationaux, à travers la transposition des approches avancées de Bâle II et la mise en œuvre des exigences minimales en matière de pratique des stress tests. S’agissant de la stratégie d’inclusion financière, le processus de bancarisation s’est sensiblement amélioré en 2009 et l’objectif d’atteindre un taux de bancarisation de 50% à fin 2010, y compris le réseau de Barid Al- Maghrib, paraît réalisable. Cette évolution s’est accompagnée d’un ensemble d’actions visant notamment à asseoir sur une base saine et équilibrée la relation entre les banques et leur clientèle. 2009 a ainsi connu le démarrage du dispositif de médiation bancaire ayant pour objectif le règlement à l’amiable des litiges.

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