Belabbès Tâarji : «Un conflit perdant-perdant»

Belabbès Tâarji : «Un conflit perdant-perdant»

Aujourd’hui Le Maroc : Comment réagissez-vous à l’accord qui a été signé entre la direction et les pilotes de la Royal Air Maroc mettant fin à la grève de ces derniers ?
Jalil Belabbès Tâarji : Je ne pourrais me prononcer sur les termes de cet accord entre la direction et les pilotes, mais la position de la fédération du tourisme est claire et a été détaillée dans un communiqué rendu public en fin de semaine. Il n’est un secret pour personne que cette grève a pénalisé un secteur vital de l’économie nationale, qui venait à peine de se relever d’une crise qui a duré deux années. Nous en retenons néanmoins deux conclusions très importantes. La première met en évidence l’impératif de la libéralisation du ciel marocain afin de construire la politique touristique sur des bases solides et plus sereines. C’est donc une première conclusion d’ordre « touristico-touristique ». La seconde conclusion que nous tirons de ce conflit est qu’il est plus que jamais urgent de mettre en place un cadre juridique légal devant réglementer le droit à la grève. Depuis les accords du 30 avril 2003, nous attendons toujours la publication d’une loi à ce sujet.
À combien chiffrez-vous les pertes et dégâts que le secteur touristique a subi suite à cette grève ?
Les pertes sont énormes mais il est malheureusement impossible de les chiffrer avec exactitude. Il n’y a que des estimations mais qui demeurent, à mon avis, loin de la réalité. Concernant les professionnels du tourisme, les pertes ont été essentiellement enregistrées pour ce qui est des recettes. L’image d’une destination qui se mettait à peine à sortir d’une grande crise a également pâti de ce conflit. Ceci dit, il n’y a que la direction de la RAM et le ministère du Tourisme à moindre degré qui peuvent avancer des chiffres à ce sujet.
Dans votre communiqué, vous dénoncez l’attitude irresponsable des pilotes de la RAM.
Tout à fait. Notre position a été clarifiée dans le communiqué de presse. Les pilotes ont une grande part de responsabilité dans ce conflit mal inspiré. Dans le même communiqué, nous avons appelé les deux parties à plus de responsabilité. Il y a en plus lieu de signaler que dans les entreprises stratégiques telle que la RAM, ce genre de conflits, avant de déboucher sur des grèves, devraient utiliser toutes les voies de recours possibles, y compris judiciaires. Autrement dit, il fallait prendre en considération toutes les conséquences éventuelles sur l’économie nationale essentiellement, avant d’entamer une grève qui n’a que trop duré et qui a pénalisé un secteur vital au Maroc.
Comment expliquez-vous cette grève ?
Il s’agit d’une crise qui a éclaté au grand jour à l’occasion de cette grève, mais dont les causes ne sont pas nées hier. Vous savez, la gestion des relations sociales dans le secteur du transport, aérien surtout, est très complexe. Elle est d’une autre nature. Pas plus tard que la semaine dernière, j’ai eu l’opportunité de rencontrer des experts internationaux qui ont participé à la gestion de semblables crises au sein de grandes compagnies à travers le monde, notamment Air France, Swissair, pour ne citer que celles-ci. Pour eux, un bras de fer comme celui qui a opposé la direction et les pilotes de la Royal Air Maroc est très fréquent au sein de compagnies de porte-drapeau national.
A qui a finalement profité ce conflit ?
Strictement à personne. Cette grève qui a duré une douzaine de jours et qui a lourdement pénalisé l’économie marocaine est un conflit lose-lose qui ne profite à aucune des deux parties. Ni la direction de la compagnie nationale, ni ses pilotes n’ont finalement obtenu la totalité de ce qu’ils voulaient. Mais ceci dit, j’insiste sur le fait que très peu de gens peuvent analyser actuellement les tenants et aboutissants de cette grève. Pour pouvoir s’exprimer objectivement à ce sujet, il faudrait être dans le secret des dieux et avoir tous les fils de l’affaire en main.

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