«Ben Barka voulait être le chef suprême»

«Ben Barka voulait être le chef suprême»

Aujourd’hui Le Maroc : Dans une de vos dernières sorties médiatiques, vous accusez Mehdi Ben Barka d’avoir commandité l’assassinat de plusieurs figures de la lutte pour la libération du pays. Qu’en est-il au juste ?
Abdelkrim El Khatib : Tout ce que j’ai déjà déclaré est vrai. Mehdi Ben Barka était le cerveau d’un groupe qui a exécuté plusieurs grands noms du nationalisme marocain après l’indépendance. Une poignée d’hommes qui agissaient sous les directives de Ben Barka et ses ordres. Alors qu’il était au Parti de l’Istiqlal, il a commandité de nombreux assassinats, poussé par une ambition politique et une volonté de s’emparer du pouvoir qui allait crescendo. A ce moment-là, Ben Barka déclarait être l’homme fort de cette formation politique.

Qu’est-ce qui a motivé, à votre avis, les actes maccabres que vous attribuez à Mehdi Ben Barka ?
Il était clair que Mehdi Ben Barka ne voulait pas de concurrence pour accéder au pouvoir. Il était motivé, comme je l’ai déjà dit auparavant, par sa grande ambition à devenir le chef suprême. Une volonté obsessionnelle de s’emparer du pouvoir. Mais ce qui paraît, à mon sens, beaucoup plus important aux yeux de Ben Barka et de ses amis, est cette obsession d’imposer un parti unique qui gouvernerait le Maroc et qui ne serait bien évidemment d’autre que le Parti de l’Istiqlal. Et pour arriver à cette fin, ils étaient prêts à tout, y compris la liquidation physique de personnalités qui se sont sacrifiées pour l’indépendance du pays. Et malheureusement, ils sont passés à l’action à plusieurs reprises. Tout opposant à cette vision de l’avenir du Maroc et cette idéologie politique devait disparaître pour ne pas obstruer  la voie vers le commandement.

De qui s’agit-il exactement ?
Je citerais des noms comme Abbès Msaâdi ou encore Brahim Roudani qui ont été exécutés dans ce but-là. Après 1958, c’est-à-dire après la création du Mouvement Populaire, un nom, parmi tant d’autres, a été ajouté à cette liste : Hassan Derbouchi en l’occurrence. Et à ce sujet, je tiens à préciser que Mehdi Ben Barka n’agissait pas seul. Il était avec un groupe dont le cerveau était Ben Barka lui-même.

De quelle manière étiez-vous impliqué ?
J’ai personnellement été interpellé dans ce sens, en plus de bien d’autres personnes qui ont écrit l’histoire du Maroc à cette époque. Des témoins qui sont toujours en vie peuvent confirmer mes dires. C’est le cas d’Abdelkader Bellahsen ainsi que Mokhtar Zerfaï, tous deux résistants qui ont été interpellés et invités à prendre part à des assassinats.

Ces propos entrent-ils dans la lignée des critiques que vous avez toujours formulées à l’égard de Ben Barka ?
Mettons avant tout un point au clair. Mehdi Ben Barka était avant l’indépendance un grand nom dont la fibre patriotique ne s’est jamais démentie. Mehdi Ben barka était un grand nationaliste qui a sacrifié beaucoup de chose pour voir son pays libéré du joug du colonialisme. Je l’ai connu dès 1936 alors que nous faisions tous les deux nos études à Rabat. Je l’ai également beaucoup côtoyé lorsqu’il a eu son baccalauréat en 1936 et nous avons entrepris ensemble un voyage en France. Durant cette période, il était un élément modèle doué d’une grande intelligence. Mais il a beaucoup changé après l’indépendance, les ambitions politiques aidant.

Qu’est-ce qui justifie le timing de votre sortie médiatique ?
Il est regrettable de constater que toute une période de l’histoire récente de notre pays est tombée dans les oubliettes. Nos historiens ont malheureusement fait une impasse sur la période allant de 1956 à 1958 et qui a été riche en événements mais qui a été, d’une manière ou d’une autre, omise. Les événements de Marrakech par exemple, ou de Souk Larbaâ ont été ignorés par nos historiens. Et c’est dommage.

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