Benamour : «Des intérêts à faire converger»

Benamour : «Des intérêts à faire converger»

ALM : Que pensez-vous de la décision marocaine d’abriter le « Forum de l’Avenir »?
Abdelali Benamour : Je pense que cette décision est sage à un double niveau. Le premier est qu’elle répond à la nécessité de rester à l’écoute des rapports de force ambiants sur la scène internationale et où les Etats-Unis jouent le rôle du héros principal. Le deuxième est qu’au fond, le projet du «Grand Moyen-Orient», et la démocratisation du monde arabe, est en soi une bonne initiative. Ceci, malgré les reproches qu’on peut formuler à l’égard de l’Administration américaine. Le projet d’un Moyen-Orient démocratisé, stable, tourné vers l’avenir devrait être le rêve de tout le monde. Et au pire, nous n’avons qu’à prendre les déclarations d’intention américaines à cet égard au mot.
Mais la démocratisation du monde arabe ne devrait-elle pas émaner des pays arabes, eux-mêmes, au lieu qu’elle leur soit imposée ?
Il y a dans cette question deux écueils qu’il faudra éviter. Le premier est qu’une telle initiative ne peut pas émaner du monde arabe lui-même. Ceci pour la simple raison que nos régimes évoluent trop lentement, pour ne pas dire autre chose. Les projets de réformes qui naissent par-ci par-là rencontrent des résistances énormes, de la part des régimes arabes. On ne peut donc pas s’attendre à ce que ces derniers puissent penser à une telle initiative. Le deuxième est que ce projet ne va pas, et ne peut pas, être forcé ou imposé par la force, encore moins militaire. Nous nous sommes pas en Irak. Il faut préciser qu’il s’agit d’un soutien, et non d’un interventionnisme américain, pour la démocratisation du monde arabe.
Personnellement, je pense qu’il faut créer des conditions nouvelles aux rapports entre le monde arabe et l’Occident, les Etats-Unis en premier. Des conditions qui soient basées sur une conjonction d’intérêts entre les démocrates arabes et les grandes puissances. Et tant mieux si de tels rapports se soldent par des aides financières, diplomatiques ou autres. Il faut cesser de fermer les yeux sur un passé pas si lointain où ces mêmes grandes puissances appuyaient des régimes arabes despotes, comme c’était le cas en Irak, et des mouvements islamistes radicaux, à l’image de l’Afghanistan. Mieux vaut que ce rapprochement soit établi avec des démocrates qu’avec des régimes qui appréhendent l’idée même de la démocratie.
Et le Maroc dans tout cela ? Quel rôle peut-il jouer dans cette conjoncture ?
Le Maroc a cette particularité dans le monde arabe qu’il a marqué un pas vers la démocratisation. Je vois en cette initiative l’occasion pour le pays de marquer le grand et tant attendu pas. Nos gouvernants doivent se positionner clairement sur le chemin de la démocratie. La volonté dans ce sens doit être aussi affirmée que l’espoir d’une démocratie marocaine. L’enjeu de l’organisation du forum ne doit pas être tactique. Il doit être celui d’un déblocage irréversible d’un processus, on peut le dire, déjà entamé.
Mais aussi bien au Maroc que dans le reste du monde arabe, le projet du «Grand Moyen-Orient» est loin de susciter l’unanimité…
Il est clair que plusieurs milieux arabes sont contre un tel projet. Ces milieux ne sont autres que les régimes qui n’ont pas intérêt à ce qu’il y ait une réelle démocratie, avec de réelles libertés. Ce sont aussi les extrémistes de tout bord, les islamistes comme les gauchistes, qui se rejoignent là-dessus pour des raisons populistes. Et c’est en menant une démocratisation réelle, et non pas de surface, qu’on évitera de leur donner raison.
L’expérience marocaine en matière de démocratisation, est-elle transposable sur le reste des pays arabes ?
Le processus que connaît le Maroc n’en est qu’à ses débuts. Qu’il serve de modèle n’est que le minimum vital pour les autres pays arabes. Mais c’est à nous de ne pas rester frileux, de mener à bien les chantiers engagés. La démocratie est la meilleure garantie de stabilité, qu’elle soit politique, économique ou sociale. Etablir des garde-fous est certes indispensable, mais avancer en matière des droits de l’Homme, d’égalité entre hommes et femmes, de transparence en matière de gouvernement, de libéralisation de l’économie est primordial.

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