Benhamida : « Revoir la réglementation »

Aujourd’hui Le Maroc : Devenu un véritable phénomène, l’écroulement de chantiers immobiliers repose la question de la sécurité en matière de construction. Quelles en sont à votre avis les raisons ?
Bouchaïb Benhamida : Je pense que la première des choses à revoir pour limiter les impacts catastrophiques de ce phénomène reste la réglementation marocaine en matière de sécurité des constructions. Cette dernière n’impose en effet pas de règles à suivre en matière de sécurité. Les autorités se contentent pour le moment du simple plan d’architecture pour délivrer des autorisations de construire. La réglementation n’exige pas le recours aux bureaux d’études, qui ont en principe la charge d’établir les conceptions et les calculs à même de garantir la sécurité d’une construction. Elle n’exige pas non plus le recours aux bureaux de contrôle qui doivent veiller à la bonne exécution de normes et règles de sécurité. Ce vide réglementaire favorise cet état de fait. Et à moins de le combler, ce phénomène ne peut aller qu’en s’aggravant.
Même quand toute la chaîne qui a la responsabilité de l’ouvrage, à savoir le bureau d’étude, le bureau de contrôle et l’architecte, est impliquée dans un ouvrage, cela n’évite pas que des drames se produisent. A votre avis, quel est le maillon faible ?
Le maillon faible de cette chaîne n’est autre que la compétence. Certains bureaux d’études ne font valoir que leurs noms. Quant à leurs capacités réelles de s’acquitter de leur mission, c’est une autre paire de manches. Ce manque de visibilité par rapport aux différentes composantes de la chaîne de sécurité en matière de construction s’explique, aussi, par le vide réglementaire. Les pouvoirs publics sont en fait la seule autorité à même de juger si tel ou tel bureau d’études ou si tel ou tel architecte sont compétents. Un jugement qui peut prendre la forme d’un agrément délivré par les autorités et qui prouve par là même la compétence d’un bureau d’études ou d’un bureau de contrôle donné. Ce serait une manière reconnaître officiellement une compétence qui manque à plusieurs intervenants, toutes catégories confondues, de la construction.
Autre constat, celui qu’au Maroc d’aujourd’hui, on construit moins bien qu’il y a 20 ans. Les raisons ne seraient autres que la précipitation qui règne dans le secteur et l’élément des coûts et marges des intervenants précités. Partagez-vous ce point de vue ?
L’empressement qui règne dans le secteur de la construction immobilière n’a rien à voir avec la qualité de la construction. Tout simplement parce que construire vite ne veut pas dire construire mal. D’autant qu’il existe des règles de qualité et de sécurité à observer, peu importent les délais prévus pour l’achèvement d’un chantier donné. Ceci étant, il existe peut-être une relation entre les deux dans la mesure où le boom que connaît le secteur du bâtiment a fait qu’il y ait de plus en plus de promoteurs moins regardant sur la qualité de leur ouvrages. Aussi, il ne faut pas lier le prix à la compétence. Parfois, ce sont les bureaux d’études les plus chers qui sont les moins compétents. Cette question de marge et de coûts reste donc à l’appréciation de l’opérateur. Il peut décider de s’engager, ou non, dans un chantier donné. Mais une fois engagé, il n’a pas le droit de jouer sur la sécurité pour augmenter ses marges et réduire ses coûts. D’autant que nul ne doit intervenir dans l’acte de construire, sans avoir la compétence reconnue. Et c’est là où le bât blesse.
Cette question de sécurité, n’est-elle pas finalement une question de déontologie ?
La déontologie et l’éthique ne doivent pas être mélangées avec ce qui est réglementaire. On ne veille pas à la sécurité d’un bâtiment par générosité ou par civisme, mais par obligation. La question de la sécurité relève du domaine de la loi. Et tous ceux qui respectent pas à cette obligation doivent être sanctionnés.
D’ailleurs c’est une question qui préoccupe tous les intervenants dans le secteur de l’habitat et de l’immobilier, du ministère de tutelle à notre fédération en passant par toutes les professions concernées.
D’où le projet que nous avons d’organiser une journée technique, à la mi-février, et qui sera consacrée à la sécurité. Un projet de loi en la matière est également en préparation au sein du ministère de l’Habitat. Et nous projetons également d’organiser des séances de sensibilisation avec les élus locaux, fortement concernés. L’objectif est d’atteindre la même levée de boucliers sur ce dossier que celle déjà entamée pour la sécurité routière. Dans le premier comme dans le deuxième niveaux, il y va de la vie et de la santé d’innocentes personnes.

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