Berraho : «La sardine n’est pas menacée»

Berraho : «La sardine n’est pas menacée»

Aujourd’hui Le Maroc : Quelle est la situation de la biomasse des pélagiques sur la zone entre Boujdour et Lagouira ?
Abdellatif Berraho : Il faudrait d’abord donner une petite précision. Il ne s’agit pas des grands pélagiques migrateurs, tel le thon, qui ne font que traverser les eaux marocaines, mais des petits pélagiques dont l’espace principal est la sardine mais qui comprennent également les maquereaux, anchois, chinchards et sardinelles. La situation de la biomasse de ces petits pélagiques dans la zone entre Boujdour et Lagouira, qui correspond par ailleurs à la zone de distribution du stock C sardinier, est d’une bonne abondance.
Vous savez, ces espèces marines sont caractérisées par leur fluctuation en fonction de l’effort de pêche, mais surtout des facteurs hydroclimatiques, beaucoup plus que d’autres espèces dites de fond. En ce moment, ces derniers facteurs sont favorables et c’est ce qui a poussé l’Institut national de recherches halieutiques (INRH) à faire des recommandations au département de tutelle pour entamer un plan d’exploitation des petits pélagiques.
Il est pratiquement bouclé au niveau du ministère et, selon les informations dont je dispose, il sera présenté à la profession dans les semaines qui viennent. Cette exploitation a, signalons-le, connu un développement progressif du Nord au Sud.
Safi était à un certain moment le plus grand port sardinier du Royaume, puis ce fût Agadir, puis Laâyoune. C’est le développement économique des provinces du Sud et la multiplication des infrastructures de pêches, le port de Dakhla comme exemple, qui a poussé les professionnels à s’intéresser à la pêche des pélagiques dans cette région. Il est en effet difficile pour un bateau basé à Laâyoune de descendre jusqu’à Boujdour pour le faire.
Quelles sont les grandes lignes de ce plan ?
C’est un plan mis en place par une commission adéquate constituée à cet effet au sein du ministère de la Pêche. Il vise à maximiser l’exploitation des petits pélagiques dans la région. C’est un plan similaire à celui du poulpe. Même s’il n’est encore qu’en état de projet, puisque pas encore discuté par tous les acteurs du secteur, une clause des plus importante est déjà appliquée. Il s’agit en effet de la reconversion des unités de congélation du poulpe.
L’interdiction de pêcher les petits pélagiques entre Boujdour et Lagouira fait-elle partie de ce plan ?
Il n’existe pas à ma connaissance d’interdiction formelle de pêcher les petits pélagiques dans cette région. Mais comme tout le monde le sait, pas n’importe qui peut le faire. Il faudrait être titulaire d’une licence en bonne et due forme pour exercer cette pêche. Dans le cadre du plan d’aménagement des pêcheries établi par le ministère et discuté par la profession, l’effort de pêche est fixé. L’exemple le plus édifiant est celui du plan mis en place pour sauver le poulpe. D’ailleurs, le programme de reconversion des unités de congélation fait également partie du plan de gestion de cette espèce marine.
Quel bilan peut-on faire actuellement à ce programme de reconversion initié dans les provinces du Sud ?
De grands efforts de congélation tournaient vers le poulpe vu, l’abondance d’antan de cette espèce. Ce qui l’a sérieusement menacée puisque sa réserve était au bord de l’effondrement en 2003. La solution était la prise d’un certain nombre de mesures qui ont d’ailleurs fait couler beaucoup d’encre.
Il fallait arrêter de congeler le poulpe et le remplacer par les pélagiques, essentiellement la sardine. D’autres mesures concernant notamment l’arrêt de l’exploitation pendant 10 mois, au lieu de 12 demandés par l’INRH, ont également été prises. Ce programme a été payant du moment que le stock de poulpe est en train de se reconstituer. La campagne de pêche actuelle, qui se terminera la fin de ce mois de mars, a donné de bons résultats.

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