Bienfaisance : Le coup de colère royal

Bienfaisance : Le coup de colère royal

Sa Majesté le Roi a effectué, samedi dernier, une visite-surprise aux locaux d’une organisation caritative de l’association musulmane de bienfaisance à Aïn Chock à Casablanca, à Aïn Chok plus exactement. Constatant que cet orphelinat ressemblait à un véritable champ de ruine, le Souverain a immédiatement ordonné l’ouverture d’une enquête, la réalisation d’un audit et la restructuration de l’administration de cette association.
La Justice est désormais saisie du dossier. Et sans aucun doute, des têtes vont tomber.
Dans la plus ancienne Association musulmane de bienfaisance (créée en 1927) SM le Roi Mohammed VI a découvert que les pensionnaires, des enfants et des adolescents, vivaient dans une précarité indescriptible. La seule mise en cause: la mauvaise gestion.
Arrivé sur place, à la "Maison des Enfants", en compagnie du ministre du Développement social, de la Famille et de la Solidarité, Abderrahim Harouchi, SM le Roi a effectué une tournée dans les différents pavillons de l’orphelinat. Il s’agit d’une imposante bâtisse en plein centre d’Aïn Chok et composée de plusieurs immeubles. Au moins 700 jeunes y vivent dans une misère totale. Grande fut la surprise du Souverain quand il demanda à voir la cuisine, l’infirmerie et les douches. La cuisine tout d’abord. Sa porte d’entrée était quasiment en ruine. Le sol et les murs y sont tellement sales qu’un chien affamé y perdrait l’appétit. Le réfectoire, où les 700 pensionnaires sont censés manger trois fois par jour, est en fait une salle dégoûtante meublée d’une dizaine de tables souillées, sans aucune chaise. A la "Maison des enfants", on mange debout.
Quant à l’infirmerie, son inspection a été "rapide": elle n’existe même pas. Faisant fi de toutes les normes internationalement reconnues, les gestionnaires de l’orphelinat ont estimé que les pensionnaires de la "Maison des enfants" n’avaient pas besoin de soins médicaux.
La cerise sur le gâteau est sans nul doute celle des douches. Toute description serait vaine. Toute comparaison serait taxée d’euphémisme. Même les "Poilus" de la Première guerre mondiale, aux fins fonds de leurs tranchées, étaient mieux lotis. Pas d’eau chaude pour se laver. D’ailleurs, au vu des images on a l’impression que l’on sortira beaucoup plus, après un passage dans les douches. Les toilettes sont toutes bouchées. Pour faire leur besoin, les pensionnaires ont certainement trouvé une astuce.
Malgré ce constat alarmant, le Souverain a tenu à visiter les dortoirs, certainement pas pour en avoir le cœur net, mais surtout pour pouvoir parler aux pensionnaires, en tête-à-tête. Pour atteindre les dortoirs, S.M le Roi a traversé des couloirs sales, clairsemés d’amas d’ordures qui dégageaient des odeurs nauséabondes dignes d’une véritable décharge publique.
Les carreaux des fenêtres sont quasiment tous cassés. Pour barrer la route au vent glacial, les pensionnaires colmatent les brèches avec des bouts de carton. Ils sont au moins six par chambre. A défaut de placards, les jeunes ont mis en place un système ingénieux pour accrocher leurs habits. Un grand fil où les vêtements des uns et des autres sont séparés par des CD.
Plusieurs jeunes ont élu domicile dans les escaliers ou dans les terrasses, quasiment en plain air. Plusieurs chambres n’ont pas d’électricité. On s’éclaire à la lumière des bougies. Les murs sont tous fissurés, l’humidité a laissé des traces dans tous les coins. Les canalisations de l’eau potable sont en ruine complet. En somme, la "Maison des enfants" ressemblait à nulle part, à un cauchemar. Et ce n’est pas faute de moyens financiers. L’association dispose de ressources financières permanentes provenant de ses recettes immobilières, de la taxe de l’abattage et des importants dons et contributions des bienfaiteurs. Pour ce qui est des recettes immobilières, rappelons que le ministère de la Justice versait mensuellement et jusqu’en octobre dernier, pas moins de 800.000 DH pour la location de plusieurs immeubles qui abritaient deux tribunaux de première instance. Celui de Ben M’sik-Sidi Othmane et Hay Hassani-Aïn Chok.
A noter que le Souverain a également donné ses instructions pour la désignation d’un gérant provisoire qui veillera à la bonne gestion de l’orphelinat jusqu’à la recomposition des organes chargés de la gestion.
Par ailleurs, SM Mohammed VI a appelé le Secrétariat général du gouvernement (SGG) à se pencher, en collaboration avec les parties concernées, sur l’amendement du cadre juridique des associations de bienfaisance, pour éviter qu’un tel cas ne se reproduise et pour veiller à ce que les associations, qui accueillent les enfants, les jeunes, les femmes et les personnes âgées, jouent pleinement leur rôle humanitaire.

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