Blocage à tous les étages

Blocage à tous les étages

L’option démocratique que le Maroc s’est assigné comme un choix irréversible et faisant l’unanimité de tous les partenaires politiques, semble être aujourd’hui confrontée à une réalité marquée par des obstacles qui freinent un véritable épanouissement de la pratique démocratique et rend difficile tout enracinement des usages politiques déontologiquement conformes aux principes de la démocratie. Ce problème, qui est l’un des défis majeurs que notre société affronte dans sa marche vers la démocratie, a d’ailleurs été soulevé par Sa Majesté le Roi Mohammed VI dans le discours d’ouverture de la nouvelle année législative qui a rappelé à cet égard qu’il ne peut y avoir de démocratie sans démocrates. « Ainsi que Nous l’avons maintes fois rappelé, il n’y a pas de démocratie sans démocrates. La démocratie est un processus long et ardu et non un champ virtuel de guerre de positions. Il s’agit, plutôt, d’une citoyenneté engagée et une pratique incontournable de bonne gestion des affaires publiques, au niveau local en particulier », avait souligné SM le Roi. Le Souverain adressait ainsi un message clair à tous ceux qui demeurent attachés à des pratiques révolues dans la politique nationale qui consistent considérer le processus électoral comme un chemin menant vers une position au lieu d’y voir un acte civique qui entre dans la participation collective à la construction de l’Etat moderne et démocratique. « Et, quelle que soit la composition des Conseils élus, Nous ne cesserons, néanmoins, de poser la question essentielle suivante : l’élection est-elle une fin en soi, marquant l’aboutissement ultime du parcours ? », s’était interrogé le Souverain dans son discours devant le Parlement avant de rajouter que « le respect de la volonté populaire exige de se défaire de la mentalité de la démocratie des sièges, au profit d’une adhésion franche aux vertus de la démocratie du développement ». Toutefois, ce qui se passe actuellement tant dans les coulisses que lors des séances de travail de la Chambre des représentants démontre que nos députés s’attachent à cultiver la démocratie des sièges aux dépens de la démocratie du développement. La réunion qui devait être consacrée à l’élection des présidents des six commissions parlementaires de la première Chambre, mardi, a remis en surface la nécessité d’un débat profond sur les trois principaux problèmes de la pratique démocratique au sein du Parlement marocain. L’absentéisme, la transhumance et le vide juridique. Ainsi, l’hémicycle du Parlement ne comptait la présence, mardi, que de 125 députés sur les 325 qui y siègent. 200 représentants de la nation avaient donc choisi de bouder cette réunion. Un chiffre révélateur puisqu’il s’agit de l’une des séances les plus importantes compte tenu de son ordre du jour qui consistait à choisir les présidents des commissions. Certes, l’absence des députés durant les séances de travail de l’institution législative est devenue un phénomène habituel, mais de là à s’absenter lors des premières réunions et avant même que le Conseil n’ait terminé sa restructuration annuelle est une aberration des plus flagrantes. D’ailleurs, la réunion fit reportée à une date ultérieure mais pour une autre raison cette fois. Il s’agit d’une bataille entre le groupe de l’USFP et celui de l’Istiqlal sur qui devrait être considéré comme le groupe ayant le plus grand nombre de sièges. Ainsi, la question qui se posait était de savoir si l’on doit prendre le nombre de sièges officiellement annoncé au lendemain des élections législatives du 27 septembre 2002, ou, si l’on est tenu de se limiter aux chiffres actuels. Car, rappelons-le, la machine de la transhumance a bien travaillé depuis le 27 septembre et des dizaines de députés ont changé de couleur politique. Certains sont même allés jusqu’à le faire à plusieurs reprises au cours de la même année. À titre d’exemple, on citera le cas d’un député qui initialement appartenait au Mouvement Démocratique et Social (MDS) et est passé au PPS avant de rejoindre le PSD et d’atterrir finalement à l’Union Démocratique (UD). Le cas de ce député illustre que le phénomène du nomadisme dont souffre notre politique. D’ailleurs, à l’exception de deux groupes parlementaires à savoir celui de l’USFP et celui du Parti de la Justice et du développement (PJD) qui ont gardé leurs rangs intacts, tous les autres ont soit assisté à l’atterrissage chez eux de nouveaux députés soit à la défection de certains de leurs membres. Mais, le pire dans toute cette situation est de voir comment des leaders politiques se vantent d’avoir réussi à récupérer des transfuges. C’est le cas notamment du secrétaire général du parti de l’Istiqlal, Abbas El Fassi qui a annoncé avec orgueil, au lendemain des élections législatives, que son parti avait des sous-marins dans d’autres formations et qui devaient rejoindre le groupe de l’Istiqlal une fois élus. Une information qui s’avéra malheureusement vraie et le groupe de ce parti était aussitôt passé de 48 députés à 52. La même fierté est annoncée par le leader de l’Union Démocratique (UD), Bouazza Ikken, qui a pu débaucher 17 nouveaux députés alors que son parti ne comptait que 10 élus au lendemain des élections législatives. Le troisième obstacle devant l’instauration d’un véritable exercice démocratique est celui de la tendance de plus en plus vicieuse de recourir à la recherche du consensus afin de résoudre certaines situations au lieu d’élaborer des textes de loi organisant tous les aspects de la pratique quotidienne en matière de politique. Ainsi, le problème qui s’est posé lors de la séance d’élection des présidents des commissions ne se serait pas produit si le statut interne de la Chambre des représentants s’était explicitement prononcé sur tous les aspects de son fonctionnement. Le même problème se pose en ce qui concerne la loi sur les partis qui tarde à se concrétiser alors qu’il s’agit d’un texte primordial dans toute démocratie. Remédier à tous les obstacles qui freinent l’assainissement de l’exercice de la politique en notre pays est une priorité sur laquelle notre élite politique est tenue de se pencher dans des délais de court terme car on ne peut construire la démocratie en absence des mécanismes de sauvegarde des règles d’éthique politique.

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