Bouteflika double son armée

L’effet surprise n’a pas été au rendez-vous, ce jeudi 8 avril en Algérie. Comme prévu, le président algérien, Abdelaziz Bouteflika, a été réélu dès le premier tour pour un second mandat de cinq ans. Une réélection avec un score de 83% des voix dans un scrutin qui a enregistré un taux de participation avoisinant les 60%, soit 10,5 millions de votants. Les principaux rivaux du chef de l’Etat, pendant la campagne, n’ont finalement eu droit qu’à des miettes.
Ali Benflis, principal «concurrent» de Bouteflika et secrétaire général du Front de Libération nationale (FLN), a obtenu dix fois moins de voix avec un pourcentage de 7,93%. Abdallah Djaballah, candidat du parti islamiste, Al Islah, frise les 5%, avec 4,84% des suffrages exprimés. Les trois autres candidats réunis (Saïd Sadi, dirigeant du Rassemblement de la Culture et de la Démocratie, Louisa Hanoune du Parti des Travailleurs (PT, extrême gauche) et Fawzi Rebaïne, du Parti nationaliste, Adh-54) ont dû se contenter de moins de 5% des suffrages. Si pour les officiels algériens, les élections de jeudi se sont déroulées dans « d’excellentes conditions de transparence et d’honnêteté », comparant le scrutin à « une fête nationale », la presse algérienne était, elle, divisée. Pour “Le Matin”, « avec son score à la Ceaucescu», Abdelaziz Bouteflika «a réussi à nous faire revivre les années Boumediène (président algérien 1965-1978) ». “L’Expression”, elle, se demande si M. Bouteflika a vraiment pu frauder « alors que les représentants des candidats en lice surveillaient comme le lait sur le feu le moindre faux geste de leur vis-à-vis?». Les journaux européens sont, quant à eux, restés sceptiques. « 83,49%…Vraiment? », s’interroge “le Parisien”. “Le Figaro” se demande si la réélection de Bouteflika annonce « un nouveau départ » ou confirme « l’impasse d’un régime incapable de se réformer ? ».
Toujours est-il que, selon un observateur international, le scrutin s’est en effet déroulé normalement. « … On a assisté aux élections les mieux organisées, pas seulement en Algérie mais en Afrique et dans l’essentiel du monde arabe», estime Bruce George de l’Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe (OSCE). Au-delà des réactions, reste le bilan plutôt positif enregistré par Boureflika à l’issue de son premier mandat. Un mandat où sa politique de concorde civile a apporté ses fruits. Ceci, en installant un début de paix civile en Algérie, après une décennie de tueries et d’attentats perpétrés par les groupes armés. Ceux-ci sont en nette perte de vitesse depuis près d’un an. Idem pour le bilan économique dans un pays qui commence à reprendre son souffle après des années de recul, même si le taux de chômage est toujours élevé. Quelle que soit la manière dont le président Bouteflika a été réélu, il n’en a pas moins fait taire plus d’une voix qui lui était opposée. A celles des militaires qu’il a doublés par on ne sait quel maléfice s’ajoutent celles de ses détracteurs, qui avaient mené campagne, ouvrages à l’appui, contre lui. Il s’agit du général Khalid Nezzar avec son ouvrage «La Sale Guerre» et de Mohamed Benchicou, directeur du quotidien “Le Matin”, avec «Bouteflika, une Imposture algérienne». Une victoire qui a valu au président élu bien de félicitations. A commencer par celles de SM Mohammed VI qui a eu, dès vendredi, un entretien téléphonique avec le président réélu. Le Souverain a réitéré ses vives félicitations pour « le renouvellement de la confiance du peuple algérien frère au président Bouteflika à l’issue du scrutin présidentiel de jeudi ».
Le président français, Jacques Chirac, a également adressé vendredi ses « félicitations les plus sincères et les plus chaleureuses » à Abdelaziz Bouteflika. « Le scrutin du 8 avril, et la campagne qui l’a précédé, ont permis au peuple algérien de démontrer sa volonté d’aller de l’avant sur le chemin du pluralisme démocratique et de la modernisation économique et sociale », estime le président français dans son message. Sans parler du président américain George W. Bush qui a lui aussi félicité le président algérien. Plébiscité pour un second quinquennat, Bouteflika a désormais les mains libres pour donner suite, ou non, à sa politique aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de son pays.
A commencer par celle liant Alger à son voisin immédiat, le Maroc, dont Alger continue à constituer une entrave majeure, notamment dans le règlement de la question du Sahara marocain. A préciser dans ce sens que plusieurs partenaires, dont certains membres du Conseil de Sécurité, situent désormais le problème entre le Maroc et l’Algérie. « C’est à la fois une évolution importante et une justice rendue dans l’examen de ce dossier. Je pense que le problème trouvera sa solution si les Algériens, compte tenu des considérations de voisinage et de l’histoire commune qui lie nos deux peuples, notamment dans leur lutte pour l’indépendance, prennent aujourd’hui en considération l’intérêt de la région du Maghreb », nous avait déclaré Hamid Chabar, gouverneur, coordinateur avec la Minurso, lors d’un précédent entretien. Mais une piste de nature à dessiner les contours d’une solution salutaire reste à définir.
Le soutien algérien aux séparatistes du Polisario est toujours de mise. Un soutien qui s’explique par des considérations économiques et géostratégiques. C’est donc au président Bouteflika d’annoncer la nouvelle couleur, s’il en est. Lui qui vient de déclarer qu’il ne laisserait aucun Algérien mourir pour le Sahara, tranchant avec une position longtemps clamée et entretenue pour « l’autodétermination du peuple sahraoui ».

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