Bouzoubaâ : «La notion de courage renforce la justice»

ALM : Quelle est votre appréciation à propos du message royal adressé au Conseil supérieur de la magistrature et qui a fait le tour de la problématique de la Justice dans notre pays ?
Mohamed Bouzoubaâ : C’est un courage politique dont tous les citoyens marocains peuvent être fiers. C’est sur ce sens de la bravoure que s’est reflété un autre courage : celui du ministère de la Justice et qui ne se trouve pas dans d’autres ministères. L’appareil judiciaire a effectivement atteint un certain degré d’évolution grâce, notamment à cette notion de courage qui devrait se répandre parmi toutes les composantes du gouvernement. Que chacun accomplisse son travail honnêtement et comme il faut si l’on aspire vraiment au changement.
A lire attentivement le message royal, on a l’impression qu’il vous donne raison sur toute la ligne, qu’en dites-vous ?
Les instructions de SM le Roi demeurent au-delà de tout le reste dans la mesure où elles ont balisé le chemin de la réforme que le Souverain voulait pour la modernisation du secteur. Le remède aux différents maux vient petit à petit compte tenu de l’énormité du chantier. Il ne faut pas oublier que nous avons trouvé une montagne de dossiers lorsque nous sommes arrivés à la tête de ce ministère. Amoncelés depuis plus d’une vingtaine d’années, il est clair que ces dossiers ne peuvent être traités en un laps de temps aussi réduit. Nous sommes pour et avec le changement, la modernisation, la démocratisation de la société et de l’édification de l’Etat de droit. Par conséquent, il ne faut jamais reporter le travail du jour jusqu’au lendemain. Chaque chose en son temps. Si chaque gouvernement traitait comme il se doit chaque dossier, même en concentrant toute son attention sur le même dossier, il serait réglé et clos. Tenter d’en résoudre un tas en même temps ne conduirait à rien. Pour le ministère de la Justice, le travail accompli, à cet effet, s’est déployé sur plusieurs registres. En se basant sur les sincères directives royales, le programme de réformes s’est inscrit dans la perspective d’une oeuvre de réhabilitation, de redressement et de moralisation du secteur, afin de rétablir l’autorité du droit de l’Etat et de redonner confiance aux justiciables.
Qui va contrôler le contrôleur, pour reprendre l’expression de SM le Roi dans son message ?
Le principal contrôleur n’est autre que le citoyen lui-même. Le citoyen marocain doit s’armer désormais de courage et de ne plus opter pour le silence et le laisser-aller. Les Marocains n’arrêtent pas d’entendre parler de transparence et d’aspirer à la voir rythmer la gestion de la chose publique et tous les autres domaines de la vie quotidienne. Mais pour que cela se réalise, c’est le citoyen qui doit commencer par l’appliquer lui-même. Autrement dit, celui qui a un droit doit le réclamer sans aucun état d’âme. C’est comme cette personne qui va acheter un article quelconque dans un magasin et que cet article soit périmé par exemple.
Eh bien au lieu de se contenter de le jeter à la poubelle et maudire le responsable du magasin, il devra réclamer son droit et affronter le responsable pour que ce dernier ne se trompe plus, même s’il ne l’avait pas fait à dessein. Ce qui est bon est bon, ce qui est mauvais est mauvais, c’est aussi simple. C’est le citoyen qui détient la clé pour que la société aille de l’avant, ou au contraire qu’elle régresse. Il faut que les efforts de tous soient concentrés sous l’égide de SM le Roi. L’heure est à la transparence et la clarté, la seule issue pour sortir de l’impasse.
Vous pensez qu’il y a vraiment moyen de rétablir la confiance entre la Justice et les justiciables ?
Pourquoi n’y en aurait- il pas ? Nous devons être optimistes, et nous le sommes effectivement. Il est vrai que la confiance est perdue depuis belle lurette et pour cause !! Dans le passé, il y avait des injustices commises à l’égard de plusieurs personnes, des vérités transformées ou falsifiées et ainsi de suite. Mais je pense que l’on est en mesure de «ramener» cette confiance. Les erreurs sont rectifiables, et tout édifice sale, aussi sale qu’il soit peut devenir propre s’il est soumis à un lavage adéquat. Certes, on ne peut pas tout régler du jour au lendemain, il faut du temps. Le ministère de la Justice a montré sa façon de travailler, mais il faudrait que tous les autres ministères soient intégrés à ces nouvelles notions pour que la justice avance et retrouve sa place initiale.
D’ailleurs ,on ne peut pas gagner une confiance générale pour la simple raison que devant la Justice il y a toujours un gagnant et un perdant. Ce dernier, même s’il est coupable, n’approuvera jamais la sentence. Mais il vaut mieux gagner la confiance de 50 % que ne rien gagner du tout. Je réitère ma réflexion de tout à l’heure dans ce sens : tout dépend du citoyen. Le reste viendra de facto.

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