Bouzoubaâ : «L’ère de l’impunité est révolue»

ALM : Peut-on affirmer que l’affaire « Fatiha Jeblia » est une affaire Erramach-bis?
Mohamed Bouzoubaâ : En fait, l’enquête est déjà lancée. Sincèrement, il me serait difficile de spéculer sur ses résultats et surtout sur les personnes qui seront effectivement poursuivies dans le cadre de cette affaire. Mais pour donner une réponse à votre question, je dirais que l’affaire Fatiha Jebliya ressemble dans certains aspects à celle d’Erramach et sur d’autres points, il n’y a pas lieu de comparer. En somme, théoriquement elle peut devenir une affaire Erramach-bis, mais elle ne l’est pas encore.
Quelles sont les différences entre les deux affaires?
Les responsables sécuritaires soupçonnés d’implication dans cette affaire ne sont pas de la même importance que ceux poursuivis dans le cadre de l’affaire Erramach. Leur nombre et leur poste de responsabilité ne sont pas identiques. Dans l’affaire Erramach, nous avions affaire à des sécuritaires de haut-rang. En revanche, j’ai l’impression que dans l’affaire « Jebliya », il ne s’agit que de simples exécutants qui étaient de mèche avec la principale accusée, « Fatiha Jebliya », et qui la mettaient à l’abri de toute poursuite.
Comment se fait-il que des officiers de la Police judiciaire soient soupçonnés, et non des magistrats?
C’est pourtant, Parquet qui chapeaute l’action de la PJ. Ecoutez, le juge d’instruction est en train de diligenter son enquête. Rien n’est impossible. Mais à ma connaissance, le nom d’aucun magistrat n’a encore été avancé.
En fait, la raison est bien simple. Le magistrat chapeaute, certes, l’action de la PJ, mais il ne s’occupe d’un dossier que lorsque cette dernière le lui transfère. Tout s’est tramé au niveau des agents chargés de retrouver Fatiha Jebliya. C’est ce qui explique que les grands responsables n’ont pas été impliqués.
Franchement, on a l’impression que le ministère de la Justice veut éviter de revivre une autre expérience Erramach et s’est donc abstenu de poursuivre des magistrats et des hauts responsables sécuritaires.
L’affaire Erramach ne nous a absolument pas intimidés. Au contraire. notre volonté d’assainir s’est renforcée davantage. Nous continuerons à travailler dans la transparence la plus totale. Et je peux vous l’affirmer solennellement: personne n’est au-dessus de la loi. Ce n’est pas la devise du ministère de la Justice, C’est un choix de l’Etat marocain. L’ère de l’impunité est révolue. S’il s’avère qu’un magistrat est impliqué dans cette affaire de « Fatiha Jebliya », il sera évidemment poursuivi. Toutefois, notre détermination ne signifiera jamais précipitation et imprudence. L’Etat de droit veut que le principe sacro-saint de la présomption d’innocence soit entièrement respecté.
En somme, il n’y a pas de justice r’batie et de justice du nord?
Pas du tout. Tous les Marocains sont égaux devant la loi, quelles que soient leurs fonctions et leurs situations géographiques. Le point sur lequel j’aimerais également insister c’est que nous devons assurer un minimum de sérénité aux enquêteurs.
De qui parlez-vous exactement?
Je parle de la presse et de tous les intervenants. Le juge d’instruction et les enquêteurs de la police judiciaire n’ont pas intérêt que leur action soit brouillée par des allégations ou même des spéculations sur l’implication de telle ou telle personne. Aussi, je tiens personnellement à ce que l’opinion publique soit informée régulièrement de notre travail. Mais nous ne devons lui livrer que la vérité. En termes clairs, tant que la justice n’a pas considéré un individu comme coupable, nous devons le considérer comme totalement innocent. C’est encore une fois, le principe de la présomption d’innocence qui doit primer.

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