Budget : Oualalou dans la tourmente

La loi de Finances 2005 sera comme toutes celles qui l’ont précédée. Elle n’apportera rien de nouveau. Aucune décision majeure. Aucune innovation sérieuse. Et aucune initiative capable de réveiller l’instinct de l’investissement chez les entrepreneurs nationaux ou d’attirer les investisseurs étrangers. En deux mots: rien ne change.
Cette loi que le gouvernement s’apprête à présenter devant le Parlement ne sera donc qu’une une loi de Finances parmi tant d’autres que l’on a vu défiler au fil des années en espérant chaque fois qu’il y aurait du changement. Mais, cette année, il faut l’avouer, on s’attendait au changement. Certes, on ne s’y attendait pas en tant que fruit d’une créativité audacieuse de la part du titulaire des Finances publiques, mais plutôt en tant qu’obligation dictée par une situation économique nationale et mondiale difficile qui aurait dû inciter ceux qui confectionnent le budget de l’Etat à faire preuve de plus d’imagination et de fournir un effort intellectuel supplémentaire afin de trouver des formules plus incitatives capables de réanimer l’économie nationale.
Malheureusement, le ministère des Finances a non seulement agi avec la même prudence excessive qui a toujours marqué son travail et dont le but est de préserver l’équilibre budgétaire, mais, constatant son incapacité à maintenir réellement cet équilibre, il le créa d’une manière virtuelle.
Ainsi, s’agissant du déficit budgétaire que le gouvernement s’obstine à maintenir autour de 3% du PIB, la nouvelle loi de Finances ne respectera certainement pas cette règle et ce déficit pourrait dépasser les 5%. Cette question a été soulevée lors du dernier Conseil de gouvernement dont l’un des points inscrits à l’ordre du jour était de « continuer l’examen de la loi de Finances » dont le Premier ministre, Driss Jettou, s’occupe personnellement, dit-on. D’ailleurs, dans une rencontre avec les entrepreneurs, M. Jettou a tenu à souligner le caractère innovateur et l’effet stimulateur que la nouvelle loi de Finances aura sur l’économie nationale. Le chef de la Primature a ainsi insisté sur « la dimension volontariste et sociale du projet de loi de Finances pour l’année 2005, qui réserve une grande part à l’investissement public et comprend de nombreuses mesures destinées à promouvoir l’économie nationale, le développement des entreprises et l’emploi des jeunes, notamment les jeunes diplômés, dans le cadre d’une grande initiative pour l’emploi ». Le Premier ministre a, par la même occasion, tenu à préciser que dans le cadre de cette loi, « de nouvelles mesures seront prises pour réduire les coûts de facteurs, ciblant particulièrement les industries grandes consommatrices d’énergie électrique, en plus d’une nouvelle démarche visant à favoriser la restructuration des PME-PMI et le traitement de leur endettement, ainsi qu’un réaménagement de la fiscalité locale ». En deux mots : une loi de Finances parfaite et qui permettrait à tous les secteurs de se développer et de s’épanouir.
Toutefois, le projet de loi de Finances n’apporte aucune mesure incitative au développement économique et à la création d’offres d’emploi. D’ailleurs, même la promesse de baisse de l’Import général sur le revenu (IGR) de 44 à 41,5 % que Jettou avait promise initialement pour 2004 puis reportée à 2005 ne sera pas tenue. Elle sera reportée encore une fois en attendant des jours meilleurs. Mais cette fois, le chef du gouvernement évitera de fixer une échéance pour sa promesse. Mais le problème le plus grave que le projet de loi de Finances présente reste celui de l’aggravation du déficit et la tentative à peine camouflée du département des Finances de vouloir faire croire au maintien de l’équilibre alors que cet équilibre n’est que virtuel puisqu’il n’est que le résultat d’un jeu d’écriture comptable.
Ainsi, selon les estimations des spécialistes, le déficit budgétaire pourrait facilement atteindre les 5 % durant l’année prochaine. Il dépasserait les 18 milliards de Dhs. Sachant que ce déficit a été initialement fixé par le ministre des Finances dans un taux ne dépassant pas 3 %, il sera au minimum de l’ordre de 4,1 % du PIB vu les données contenues dans la loi de Finances. Le déficit budgétaire réel calculé en dehors des recettes des privatisations dépasserait les 22 milliards de Dhs ce qui signifie un taux de 5,1 % du PIB. Sans oublier, évidemment, l’effet que l’opération du lancement d’un crédit de 11 milliards de Dhs pour rembourser les retards de payement des sommes dues par l’Etat à la Caisse marocaine des retraites (CMR) aura sur ce taux et qui l’aggravera davantage.
En somme, le projet de loi de Finances 2005 ne permettra pas de sortir de la crise économique ou d’atténuer certains problèmes sociaux notamment le taux élevé du chômage qui reste l’un des plus grands chantiers dans lesquels le gouvernement n’a point avancé.
Ainsi, l’année 2005 sera l’année de l’aggravation du déficit budgétaire, celle des dernières privatisations, et celle de l’augmentation du taux de chômage. Ce sera le résultat d’une loi de Finances peu créative marquée par de faux équilibres.

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