Cadrage : À chacun son bilan

La prestation du Premier ministre à la télévision marocaine, pour rare qu’elle est, n’en est pas moins un moment politique dense. Sur l’appréciation de la prestation même de l’invité, comme sur l’ensemble de cette émission hautement politique, les jugements seront certainement et fortement (pré)déterminés, d’abord, par les préjugés que les uns et les autres ont sur la personne de M. Youssoufi et au-delà sur sa formation politique et sur l’ensemble du gouvernement qu’il dirige depuis plus de quatre ans. Il demeure que l’homme a encore une fois, et parce que justement il est attaqué de divers côtés, de manière souvent excessive, étalé un talent, des compétences et une stature d’homme d’État comme on aimerait tant en avoir dans notre pays. Il pouvait tout à fait s’enfermer dans le confort, très légitime, de la mission historique qu’il a été appelé à assumer et dont il est en train de s’acquitter avec le panache des hommes d’honneur et l’esprit des responsabilités, sensibles et délicates, inhérentes à la fois à sa propre histoire et à la période que vit notre pays. Mais, il a choisi aussi d’ouvrir son action sur la pratique politique empirique au quotidien, avec un gouvernement pléthorique dans lequel cohabitent diverses sensibilités politiques. L’un des défis majeurs qu’il eût à relever a été justement de maintenir la cohésion de cette équipe.
Aujourd’hui, à quelques mois des élections législatives qui se préparent d’arrache-pied, l’heure est au bilan. Le chef du gouvernement ne veut surtout pas esquiver cette opération. Au contraire, il s’enorgueillît de ce que lui et l’ensemble des composantes de son équipe ont réalisé en un peu plus de quatre ans. Un bilan politique, certainement positif. Un bilan économique très mitigé et plombé par de nombreuses contraintes. Des avancées concrètes et timides sur le volet social.
Un dispositif prometteur mais à consolider dans la pratique, en matière d’éducation et de formation. Une amorce de réhabilitation de la justice, des progrès notables en matière de libertés publiques. Tout cela nourrit certe le bilan Youssoufi et lui donne des motifs de fierté légitime. Mais, il est des réalisations autrement plus décisives et plus profondes qui ne sont pas comptables et quantifiables avec des standards arithmétiques.
Dans ce registre, les acquis de M. Youssoufi dans le domaine diplomatique sont incontestables. L’acquisition de nombreux suffrages à notre cause nationale, celle de la défense de l’intégrité territoriale du Royaume, et le renforcement du rôle du Maroc sur la scène internationale, dont l’une des concrétisations actuelles est la tenue des assises de l’Internationale Socialiste dans notre pays, sont à mettre, en partie, sur le crédit du Premier ministre et de son équipe. Mais, le chef du gouvernement sait que la vrai validation de son bilan dépend, en définitive, de la qualité et de la mobilisation qui seront assurées aux futurs élections. C’est un engagement solennel de sa part, c’est même la quintessence de son action et de ses convictions; à savoir l’inscription du Maroc dans le concert des nations qui font le choix de la démocratie et qui la construisent au quotidien. Mais celà reste, chez nous, un dur labeur.

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