Cadrage : Anachronismes

Après un court moment d’hébétude ou de crâne indifférence, la classe politique est en train de prendre la mesure de la signification et de la portée de la nomination de Driss Jettou à la Primature. Ce n’est certainement pas la personnalité de ce dernier qui est en cause. L’homme en effet s’est fait une solide réputation de probité, de sérieux et de sincère attachement aux valeurs patriotiques et aux fondements de la monarchie marocaine.
Cette réputation s’est davantage renforcée avec la manière et le tact qu’il a mis à parachever le dispositif électoral, dans ses divers aspects, et à faire en sorte que son département, le ministère de l’Intérieur, soit sorti grandi de ces consultations pour l’attitude de neutralité qu’il a su observer envers lors de ces élections.
Mais cette nomination, qui intervient, justement, à la suite d’une consultation voulue et réalisée dans la transparence et l’intégrité, est en train de minorer, voire d’annuler, les bénéfices de ce scrutin et des efforts consentis pour en garantir la qualité démocratique incontestable.
Driss Jettou devra faire face à un certain nombre de dilemmes, dont l’issue déterminera la configuration et le programme d’action de son gouvernement. La délicatesse de cette mission, au-delà des contraintes inhérentes à la charge elle-même, s’explique par une certaine forme d’anachronisme entre, d’un côté, les résultats d’une consultation populaire dont la raison d’être même est de dégager la ou les forces politiques appelées à gouverner et, de l’autre, le pilotage du gouvernement par une personnalité non élue.
Le nouveau chef de gouvernement, dans la situation inédite que notre pays, est en train de vivre, sera amené à adopter une attitude obligatoirement hybride dans la constitution de son Cabinet, d’abord, puis dans son attitude devant la représentation nationale. Premier cas de figure : considérant les urgences et les défis majeurs auxquels est confronté le pays, sur tous les plans, M. Jettou proposera un gouvernement d’union nationale. Mais, alors, il sera amené à s’entourer de l’ensemble, ou au moins de la majorité des leaders des partis politiques nationaux. Ce qui est politiquement légitime, mais qui augure de très peu d’efficacité gestionnaire et d’initiatives de terrain.
Deuxième cas : la Primature ira débaucher des individualités dans une partie ou dans l’ensemble des partis pour le profil de ces personnalités. Auquel cas, ces derniers n’auront aucune onction ou légitimité partisane et viendront davantage affaiblir la notion même d’engagement politique dont le déficit se déteint négativement sur la pratique démocratique tant souhaitée et attendue.
Troisième cas de figure : M. Jettou formera un Cabinet de technocrates qui aura une mission de salut public et qui soumettra son programme à la représentation nationale au sein de laquelle les majorités se dégageront au cas par cas, selon les textes qui seront présentés et les alliances qui se noueront conjoncturellement.
Ce dernier scénario semble finalement le plus cohérent et le plus compatible avec le profil et l’extraction politique du nouveau Premier ministre. Il signifiera cependant que le processus démocratique est de fait mis entre parenthèses, en attendant des jours meilleurs. Le partis politiques, pour leur part, auront tout loisir d’opérer leur introspection et les restructurations qui leur feront éviter, à l’avenir, pareille déconvenue.

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