Cadrage : Bien social

La mise aux normes du tissu économique national bute immanquablement sur le problème du management. Celui-ci est souvent mis en cause pour le caractère familial et des modes de gestion archaïques qui handicapent les entreprises marocaines. Et il devient plus que légitime de tout mettre en oeuvre afin de fournir aux entreprises le meilleur environnement de concurrence loyale, de productivité attractive et de réalisation de produits et de services de qualité qui leur permettent de se hisser au niveau des standards internationaux. Cette mise à niveau implique également la mise en place d’un dispositif juridique, souple et équitable, qui encourage l’initiative, lève les entraves devant l’investissement, y compris en matière de fiscalité. Mais, le passage d’un mode informel et traditionnel de gestion à un mode moderne et encadré par des procédures juridiques transparentes est de plus en plus dévoyé chez nous par la manière abusive dont sont utilisées les dispositions du redressement judiciaire par de nombreux chefs d’entreprise. Un usage de plus en plus répandu et qui est le plus souvent assimilable à une mise en faillite frauduleuse qui, elle, est punie par la loi. Lorsqu’un chef d’entreprise décide, avant même d’épuiser toutes les ressources et solutions potentielles, d’avoir recours à cette procédure extrême et de se défausser de ses responsabilités manageriales sur la justice, il provoque de manière directe une situation de désordre dont tout le monde subit les conséquences : ses créanciers, ses clients, ses partenaires financiers, son secteur d’activité et ses salariés. La justice, pour sa part, ne dispose pas toujours des compétences adéquates pour l’application judicieuse d’un code du commerce, plagié sur la loi française en la matière et qui a été encadrée là-bas par des amendements parlementaires qui en limitent les abus, alors que chez nous il sert encore comme prétexte à des dérives très préjudiciables à notre tissu économique et à la crédibilité du monde des affaires dans notre pays.
La fréquence de ce genre de désordres et de tricheries manifestes dénote la subsistance, sous d’autres formes, d’une mentalité rapine et irresponsable qui considère encore l’entreprise comme un domaine privé relevant exclusivement du bon vouloir et des humeurs, de son patron. Par des moyens didactiques, mais aussi par tous les moyens réglementaires et dissuasifs, il s’agit de réhabiliter et de renforcer la notion même de bien social qui est mise à mal dans la mise en oeuvre de cette procédure maligne. Quelles sont les sommes en jeu dans ces opérations de mise en redressement judiciaire pour la seule année 2001 ? Le chiffre doit être faramineux. Pour le seul périmètre relevant de la compétence du Tribunal de Commerce de Casablanca, 300 entreprises à ce jour sont concernées. Or, le Groupement professionnel des banques du Maroc (GPBM) ne se décide toujours pas à communiquer sur cette affaire qui met en jeu, certainement, des milliards de centimes.

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