Cadrage : Clarification

Avec la nomination par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, mercredi, de Driss Jettou, Premier ministre, le Maroc franchit une étape essentielle dans la clarification politique indispensable, qui n’a pas pu émerger des urnes de manière incontestable et évidente. Depuis le 27 septembre, en effet, chaque jour qui passe apporte son lot de nouvelles sur les rapprochements, les alliances, les tractations entre les différentes formations politiques qui se positionnent en attendant la nomination du Premier ministre par le Souverain, dont c’est la prérogative constitutionnelle par excellence. Bien entendu, la tentation est grande et légitime, dans toutes les familles politiques, d’user de tous les moyens pour mettre le maximum d’atouts de leur côté et se tenir prêtes pour se placer, le moment venu, dans la combinaison gagnante, ou du moins dans celle qui aura un poids lui permettant de peser sur le jeu politique national. Mais on se rend compte qu’en l’absence de pôles politiques ou idéologiques structurés et cohérents, et avec la multiplicité des partis politiques dont on ne voit pas toujours les clivages susceptibles de les distinguer les uns des autres, la tentation est grande chez les uns et les autres de s’allier indifféremment à celui-ci ou à celui-là, selon la loi du plus offrant, du moins en promesses, en attendant de savoir si celles-ci ne sont pas en bois.
Les conséquences de ces tripatouillages pas toujours lisibles chez le citoyen-électeur lambda peuvent se révéler très préjudiciables pour leurs auteurs.
Imaginez, par exemple, quelqu’un qui a voté pour le parti X par opposition et préférence à la liste du parti Y dans sa circonscription et qui se réveille au lendemain du scrutin dans la configuration d’une alliance de X et de Y, cousinant avec le parti N, encore plus éloigné de l’un et de l’autre. Comment pourra-t-il s’y retrouver ou accorder un quelconque crédit à la parole et aux prises de position de ses élus?
Le discrédit qui est mis, séparément, au passif de telle ou telle formation est comptabilisé collectivement au bilan de l’ensemble de la classe politique, dont la crédibilité est intimement liée aux suffrages des électeurs et à leur confiance. Lorsqu’on note la désaffection de près de la moitié du corps électoral et la frilosité de nombre de citoyens envers la chose politique, il convient de ravaler sérieusement l’action politique et partisane pour donner une chance à une démocratie participative digne de ce nom.
Mais, d’un autre côté, la construction d’une démocratie, avant de devenir évidente, a besoin de traverser nombre de complexités et d’encombrements. Nous sommes aujourd’hui dans ce dernier cas de figure.
Reste qu’il est indispensable d’oeuvrer dans le sens d’une meilleure lisibilité et d’une plus grande cohérence de notre champ politique. Cette mise au net suppose aussi une accélération dans la prise des décisions relatives à la mise en place de la future équipe gouvernementale. La célérité dans la mise en place du nouveau Cabinet aura pour avantage également de mettre fin à ce qui risquait d’être pris pour de simples manoeuvres politiciennes, et dégager la voie vers une pratique plus saine et plus citoyenne de la politique au sens large du terme.

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