Cadrage : De la revendication à l’action

Le Maroc a longtemps négligé la dimension amazighe de sa culture. Le paradoxe. Puisque dans les manuels d’histoire de l’enseignement primaire, la première chose enseignée aux élèves c’est que les “premiers habitants“ du pays sont les berbères. À partir de là s’est développée la revendication légitime, portée par plusieurs fronts de la “berbéritude“, pour la reconnaissance de cette culture, qui fonde l’identité nationale. La militance dans ce domaine a connu un regain d’intensité ces dernières années, à la faveur de la parole retrouvée. Dans ce sens, l’initiative royale de mettre en place un institut de la culture amazighe est une manière solennelle et sans équivoque de rétablir les choses en réhabilitant une composante essentielle de la civilisation marocaine. Cette démarche, porteuse de clairvoyance et de sagesse, a valeur d’exemple. Elle prend toute sa signification symbolique au moment où non loin de nous, en Kabylie pour ne pas la nommer, la même réalité a donné lieu à des déchirements spectaculaires.
Ceci ne doit pas nous faire oublier que l’identité n’est pas génétique mais culturelle. Le Maroc a toujours puisé sa force dans l’union et la cohésion, loin de toute politique éthniciste et de tout esprit de surenchère qui ne peuvent être que préjudiciables à la vie en bonne intelligence avec les différentes communautés et les divers éléments constitutifs de la nation marocaine à travers les siècles.
Cela dit, pour faire vivre la culture berbère ( Tachlhit, Tarifit et Tamazight) dans ce qu’elle a de plus de plus beau et de plus enrichissant, il s’agit de s’atteler dès maintenant à des actions concrètes menées en profondeur. Revendiquer c’est bien, agir c’est encore mieux. Dans ce sens, les journaux télévisés diffusés par la première chaîne dans les trois dialectes est une bonne initiative. Mais ce n’est pas suffisant. Il convient d’aller plus loin avec des programmes plus diversifiés, mieux étudiés, proches des citoyens marocains. Une télé et une radio amazigh à vocation éducative ? Pourquoi pas. Car une culture quelle qu’elle soit ne se voit et ne se vit, à l’ère actuelle, que dans les médias. Pas dans les discours, fussent-ils les mieux élaborés du monde.
Dans le même ordre d’idées, un travail énorme reste à faire : créer des manuels scolaires en berbère pour un enseignement dans les écoles. Certes, nombre de spécialistes ont écrit différents livres dans cette langue, mais cette oeuvre à la richesse incontestable, qui reste méconnue du grand public a besoin d’être rassemblée, puis enrichie selon une méthodologie à la fois scientifique et pédagogique.
Le Maroc, en travaillant dans cette direction, aura non seulement innové et montré la voie en ces temps des nationalismes exacerbés mais consolidé comme l’a souligné le souverain à juste titre, son identité nationale et ses valeurs linguistiques.

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