Cadrage : De Munich à Tora Bora

L’une des menaces qui pèsent le plus sur une expérience démocratique quelconque est celle qui consiste à la noyauter de l’intérieur par ceux qui n’y voient qu’un moyen, un instrument qui leur permet de la neutraliser parce que, par essence, elle est en contradiction avec leurs visées et leurs objectifs. On l’a vu, dans l’histoire passée, des fascistes, des nazis et assimilés qui sont arrivés par le canal des urnes, le plus démocratiquement possible», pour balayer, au lendemain de leur succès électoral, au prix de campagnes démagogiques, chauvinistes, xénophobes et racistes, prêchant la haine et le rejet de l’autre, tout ce qui est dissonant par rapport à leur idéologie néfaste.
On a vu aussi les ravages dans lesquels ils ont entraîné leurs peuples et les prix exorbitants que ceux-ci ont dû payer pour revenir de ces hérésies et reconstruire, au prix de quels sacrifices, leurs villes et leurs économies, voire leur identité nationale.
Même actuellement, on voit ici et là, en Algérie voisine, par exemple, ou en Afghanistan, les résultats d’une certaine manière de jouer avec la démocratie, de la travestir et de la vider de ses nobles objectifs, malgré toutes ses imperfections et ses failles. Alors, chez nous, des mouvements politiques, démagogiques et populistes, spéculant sur l’ignorance, la crédulité et la dépolitisation de pans entiers de la société, se livrent à des manoeuvres, à des intimidations, à des campagnes mystificatrices, faisant feu de tout bois, pour tenter de jouer sur tous les tableaux avec en point de mire la prise en otage de toute la dynamique en cours dans notre pays visant la consolidation de la démocratie, du pluralisme et de l’arrimage de la société marocaine à la modernité et au progrès.
Dans ce travail de sape systématique, des activistes de toutes origines et de tous bords utilisent la bannière de l’Islam pour mener une campagne sournoise contre la démocratie. Celle-ci n’est recevable pour eux que si elle leur permet de s’imposer en leadership absolutiste et arrogant à toute autre forme d’expression ou de sensibilité. Menant campagne contre les principes même de liberté, de modernité, de laïcité, d’ouverture sur les autres, de toute forme de création artistique ou esthétique, les voilà qui se présentent comme la voie obligée et indispensable pour toute force politique qui voudrait jouer un rôle un tant soit peu actif dans la vie publique nationale. Mais le plus grave est que de nombreuses formations politiques nationales entrent tête baissée dans ce traquenard.
Certains sont prêts à s’allier avec le diable pour peu que celui-ci leur fasse miroiter les félicités du pouvoir et une possibilité de remporter les élections.
Ce jeu dangereux risque d’aboutir dans le meilleur des cas à l’émergence de conglomérats politiques sans aucune cohérence, ni visibilité politique quant au modèle de société proposé. Au pire, on se réveillera un beau matin avec ces paysages de péplums, archaïques et indigents, à la manière de Kaboul ou de Tora Bora, où un certain nombre d’animateurs de la vie publique nationale ont pris des leçons ou cherché inspiration.

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