Cadrage : Déficit

Les spéculations continuent à aller bon train sur la composition et la date de proclamation du nouveau gouvernement. Depuis sa nomination, Driss Jettou est au centre des concertations et conciliabules pour former son équipe. Ce n’est pas tant les candidats à la ministrabilité qui manquent. Au contraire, c’est apparemment la pléthore des prétendants qui fait problème.
En fait, presque tout le monde est partant pour faire partie du Cabinet Jettou. Et même ceux qui, ici et là, expriment leur disposition à aller dans l’opposition, ils le font par dépit de ne pas avoir reçu d’offre explicite pour faire partie de la majorité ou pour des considérations tactiques visant à tester la volonté du Premier ministre désigné à leur égard.
Jettou, pour sa part, outre la légitime fierté qu’il est en droit de montrer pour la confiance mise en lui par le Souverain et pour la force d’attrait qu’il suscite auprès de l’ensemble de l’éventail politique, est en train de faire face à un véritable casse-tête pour résoudre une équation complexe à plusieurs inconnues.
Premier ministre non partisan, le voilà astreint à composer étroitement avec les partis politiques pour remplir l’une des premières clauses de son contrat, celle de veiller à ne pas dilapider les fruits politiques issus de la consultation populaire du 27 septembre, à laquelle il a lui-même d’ailleurs apporté une précieuse contribution en tant que ministre de l’Intérieur dont la neutralité et les vertus de dialogue et de concertation ont été unanimement saluées.
Dans le cadre d’une carte politique fortement balkanisée et vivant elle-même une période de transition en termes de démocratie interne et de relations trans-partisanes, la tâche du Premier ministre est d’autant plus ardue qu’elle fait face à un paysage partisan mouvant, à la recherche de repères et d’éléments d’ancrage qui lui font dramatiquement défaut.
Mais le principal du cahier des charges de Driss Jettou consiste à mettre en place un gouvernement présentant un minimum d’homogénéité pragmatique qui lui permettra de relever les défis d’ordre socio-économique qui se posent au pays, dans une sorte d’état d’urgence économique qui demande une équipe commando, polyvalente, dynamique, compétente et suffisamment consciente des enjeux pour lesquels elle est appelée aux affaires.
Le retard mis à parachever les contours de cette formation s’explique aussi par le hiatus entre ces exigences et l’offre de profils proposée par les formations politiques comme candidats à la ministrabilité et dont le choix est davantage dicté par des critères idéologiques, voire purement clientélistes.
Les formations politiques, prises elles-mêmes dans l’étau de ces choix difficiles, se rendent compte qu’elles n’ont pas suffisamment élargi et renouvelé leurs élites pour s’adapter à la fois aux exigences d’encadrement interne et de demande en compétences éligibles à des hautes responsabilités, gouvernementales ou liées aux centres de décision dans divers domaines. En cela, la période actuelle est aussi une occasion de faire l’état des lieux en matière de compétences nationales au sein de la classe politique. Et c’est apparemment douloureux !

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