Cadrage : En réserve du Royaume

Le Parti de l’Istiqlal constitue, dans le paysage politique marocain, une véritable référence, dans l’acception à la fois historique et générique du terme.
Historique, d’abord. Cette structure prend son origine dans les circonstances de la naissance du mouvement de libération nationale, dans les années quarante, sous sa forme organisée, et a abrité l’essentiel des élites politiques et politiciennes du pays, lesquelles ont alimenté, durant des décennies, gouvernements, établissements publics, entreprises et divers rouages administratifs en hauts cadres et en compétences incontestables.
Générique ensuite. Parce que le parti constitue un modèle d’une machine politique qui se dote continuellement des moyens de briguer le pouvoir : une organisation tentaculaire dans laquelle le parti fait un immense travail de terrain en tant que parti d’adhérents encadrés au sein des structures régionales et locales, mais aussi dans les syndicats, les associations corporatistes et dans l’ensemble de la nébuleuse des associations de la société civile.
Avec son principal partenaire de la Koutla et du gouvernement, l’USFP, il a toujours entretenu des relations caractérisées à la fois par l’esprit de compétition et la nécessaire coordination pour peser sur le jeu politique national. Cette forme de fraternité obligée a toujours été mise à l’épreuve dans les circonstances de préparation d’échéances électorales majeures. Et actuellement, on est exactement dans ce cas de figure.
En son for intérieur, l’Istiqlal a longtemps considéré, que dans un scénario d’alternance politique, il était le mieux armé, le plus « légitime » à piloter l’équipe gouvernementale.
L’USFP, par son poids politique, la diversité de ses sensibilités et surtout par la personnalité et le charisme de son leader Abderrahman Youssoufi, a été préféré, dans l’ingénierie politique de la mise en place du gouvernement d’alternance en 1998. L’Istiqlal en a ressenti du dépit, mais, politiquement et à son habitude, il a su tirer son épingle du jeu et gérer l’existant, quitte à opérer parfois des contorsions assez éprouvantes. Mais, il se place toujours comme une alternative, en réserve du Royaume. L’attitude de son secrétaire général, leader du parti et titulaire d’un portefeuille ministériel explosif est une illustration parfaite de cette maestria de la gestion du possible, en attendant des jours meilleurs.
Il demeure néanmoins une nouvelle donne avec laquelle le vieux parti devra désormais compter. La dynamique de recomposition en cours dans le paysage politique lui imposera de se présenter avec un programme de gouvernement plus lisible et avec des choix en matière politique et de projet de société plus affirmés. Une exigence de clarté qui ne s’accommode pas tout à fait avec les ambiguïtés populistes d’antan.

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