Cadrage : Héritage

La grande manifestation culturelle qui sera organisée dans quelques jours, à Casablanca et Rabat, par le service de coopération culturelle française au Maroc et le Ministère de la Culture et de la Communication sur le thème de «Genet et le monde arabe» appelle une lecture particulière compte tenu de la relation privilégiée que le Maroc a eue avec ce monument de la littérature mondiale du siècle dernier.
Genet est devenu, au Maroc, comme ailleurs, un personnage mythique, connu par tout le monde, mais finalement très peu lu, parce son talent est, comme lui dans la vie, exigent, dense, époustouflant, délicat et fulgurant. Tout le monde est prêt à vous raconter le personnage sulfureux qu’il s’est efforcé lui-même à jeter en pâture au regard voyeur et réducteur, de voleur, d’homosexuel et de provocateur. Beaucoup poussent même la politesse jusqu’à s’inventer des liens imaginaires avec ce poète maudit et à lui prêter des positions et des attitudes qui n’ont rien à voir avec ce qu’il fut.
Il faut dire que l’écrivain, lui-même aimait tellement les simulacres, les travestissements, les déguisements, les leurres, les fausses révélations et les récits des vraies tromperies qu’il n’est finalement pas complètement étranger à tout ce cirque.
Mais, au-delà de ces écrans de fumée, et en attendant les multiples et profondes lectures qui ne manqueront pas d’être faites des écrits de cet immense artiste, la présence simultanée et la prise de parole d’un certain nombre de vrais connaisseurs de son oeuvre et de son itinéraire, tels Edmond Amran El Maleh, Laïla Shahid, Juan Goytisolo, Abdelkbir Khatibi et d’autres fournira certainement de précieux matériaux pour approcher le précieux legs littéraire de Genet.
D’autre part, l’initiative louable des organisateurs d’associer à cette manifestation des artistes marocains : plasticiens, photographes, cinéastes; donne à l’oeuvre de Genet des prolongements locaux et ouvrent avec lui, à titre posthume, un dialogue et des mises en regard qui constituent une autre forme d’hommage et de reconnaissance à son endroit. Enfin, il est symptomatique que le Maroc qui fut une terre de vie et d’intime connivence du poète devienne aussi celui qui abrite une aussi importante manifestation sur sa vie et son oeuvre. C’est ce pays dans son ensemble, qui est en fin de compte le véritable héritier de Jean Genet. Un héritage symbolique, bien entendu, qui est le plus précieux et le plus cher.

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