Cadrage : Indécence

De toutes parts, des voix s’élèvent pour mettre en cause l’utilisation massive et frauduleuse de l’argent à des fins électorales. Dans toutes les circonscriptions, dans les villes comme dans les campagnes, des candidats, sous diverses étiquettes, utilisent mille canaux et mille subterfuges pour acheter les voix des électeurs et faire de cette forme de corruption leur seul argument de campagne.
Achats d’intermédiaires et de courtiers sans scrupule, organisation de festins et de festivités racoleuses, distribution de denrées alimentaires et d’effets vestimentaires divers, ou encore, plus directement, octroi d’espèces sonnantes et trébuchantes aux futurs électeurs contre la promesse, assortie souvent de serment sur le Saint Coran, de voter pour l’intéressé bienfaiteur.
Spéculant à la fois sur les conditions de précarité et de dénuement dans lesquels vivent des catégories entières de nos concitoyens, sur le manque d’encadrement politique des électeurs, ainsi que sur des moeurs malheureusement très répandues de galvaudage des consultations électorales et de leur détournement de leur finalité démocratique et citoyenne, des candidats à la réputation sulfureuse font feu de tout bois pour s’assurer une immunité parlementaire et utiliser leur mandat électif, qu’ils ont finalement monnayé, pour l’enrichissement illicite et les abus de tous genres. Il s’agit bien entendu de pratiques et de comportements qui jettent un lourd discrédit sur le projet de moralisation de la vie politique nationale et sur l’effort de crédibilisation des élections pour lesquelles de conséquents moyens matériels ont, par ailleurs, été consacrés, notamment dans une campagne de sensibilisation médiatique dont tout le monde a salué la qualité et la pertinence. Mais cette ambition louable et vitale pour des institutions démocratiques en construction est une oeuvre de longue haleine qui devra associer à la fois des efforts didactiques de sensibilisation de la part des partis politiques soucieux d’un minimum de vertu citoyenne, comme des associations de la société civile. Mais c’est aussi une prérogative des services de sécurité et de la justice qui se doivent de prendre les mesures à la fois dissuasives et répressives exemplaires qui visent à réduire et à combattre ce fléau qui porte de graves préjudices à nos institutions et à l’image du pays à l’étranger.Il est vrai qu’avec le nouveau mode de scrutin, avec le bulletin de vote unique et avec l’importance et le volume de l’électorat dans chaque circonscription, l’usage de l’argent est normalement appelé à démontrer son inefficience en l’absence de possibilités de garantir les résultats de cet « investissement ». Mais, il s’agit plus généralement d’un état d’esprit qu’il faut combattre pour sa force de nuisance et de parasitage du processus démocratique.
La lutte contre le fléau devra évidemment concerner aussi et avant tout les partis politiques eux-mêmes puisque ce sont eux qui investissent les candidats et les listes. Et surtout qu’ils ne cèdent pas à la tentation de faire de l’investiture un fonds de commerce comme certaines formations qui ont recyclé récemment des profils tristement connus pour les pratiques condamnables dont ils se sont rendu coupables par le passé. En cela, ils sont indécents et méritent opprobre.

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