Cadrage : Ingérences

L’élection présidentielle française 2002 restera dans l’Histoire comme un moment de grande confusion. Pour la première fois dans l’histoire de la cinquième république un candidat est plébiscité par un large éventail de formations politiques qui reportent leurs voix sur lui, par défaut. Jacques Chirac doit vraisemblablement sa réélection pour un deuxième mandat à l’Elysée davantage à la mobilisation tous azimuts contre le candidat de l’extrême droite qu’à son programme de candidat de la droite républicaine.
Cette échéance est devenue une occasion pour la France de se regarder et de constater qu’elle est en train de générer en son sein une idéologie dangereuse pour sa démocratie, vieille de quelque deux cents ans.
Une démocratie fondée sur des valeurs universelles. S’il y a une exception française, ce n’est assurément pas celle qui tend à fermer la France sur elle-même, mais celle qui défend des principes s’appliquant à tous. Ces principes font que la montée de l’extrême droite choque plus en France que dans un autre pays occidental. Elle témoigne d’une nostalgie archaïque pour l’époque qui précède la prise de la Bastille. C’est un cinglant revers pour tous ceux qui admirent ou jugent justes les valeurs françaises. Un pays comme le Maroc qui est lié à la France par l’Histoire, la langue et la forte communauté marocaine dans l’Hexagone, s’est senti immédiatement concerné par la présence de Le Pen au deuxième tour de l’élection présidentielle. Plusieurs journaux ont consacré leurs unes à ce sujet. Ils ont réagi spontanément, sans se concerter, emportés par un élan d’indignation, obéissant au cri impérieux qu’il ne fallait pas taire.
Certains ont même appelé les Français du Maroc à voter pour Chirac. A-t-on le droit de s’ingérer de la sorte dans les affaires internes d’un pays ? Est-ce qu’il y a une forme d’ingérence tolérée lorsque la démocratie est menacée ? Probablement que si. Le vote d’une partie importante d’un peuple ne peut en aucun cas constituer une cuirasse contre la critique. Lorsqu’il favorise l’éclosion de la haine, lorsqu’il met en péril les valeurs démocratiques, lorsqu’il outrage l’humain. On sait où a mené l’élection «démocratique» De Ariel Sharon en Israël. On sait comment il se réfugie derrière cette élection, chaque fois qu’un pays s’autorise à lui rappeler qu’il enfreint toutes les lois. Au nom du peuple, au nom de la voix du peuple, on peut se permettre le pire. Les Français qui ont voté Le Pen entraînent leur pays vers la faillite. Ceux qui partagent avec ce pays l’usage de la langue ou se réclament de ses valeurs sont fondés de protester. La France n’a pas arrêté de crier à qui veut l’entendre que ses valeurs sont universelles. Quand ces valeurs sont si dangereusement menacées, on n’a pas le droit de regarder sans rien faire. Dire notre peur et notre indignation. Dire aussi notre amour pour les fondements démocratiques de ce pays. Fondements qu’on ne veut pas voir foulés aux pieds par Le Pen. Et c’est pourquoi nous nous réjouissons de l’élection de Jacques Chirac.

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