Cadrage : Intégrismes

Le Maroc fait actuellement face à une agression caractérisée sur son territoire national de la part de l’Espagne, pays voisin avec lequel nous pensions que nous pouvions, au contraire, tisser ensemble les passerelles entre les différences qu’incarne chacun de nos deux pays riverains de la Méditerranée.
Tout indique actuellement que ce n’est là, finalement, qu’une chimère, une utopie que nous sommes seuls à avoir nourrie, dans une sorte de vision idéaliste. L’Espagne, depuis des siècles, n’entrevoit en fait ses relations avec nous que dans un contexte de revanche sur une histoire lointaine, de terrain d’expansion d’une nostalgie colonialiste fascisante dont les gouvernants ibères auront du mal, et pour longtemps, à s’affranchir.
Certains, pour minimiser, voire estomper, toute forme de revendication de notre part, y compris les plus légitimes et les plus indéniables, nous opposent le statut, désormais franchisé selon les canaux occidentaux, de démocratie dont se réclame l’Espagne, face à nous autres barbares, sous-développés, qui continuons à couper, sauvagement, les prépuces de nos enfants, qui portons encore des turbans, qui allons même prier dans les mosquées. Un comble d’archaïsme et de mentalité rétrograde, au regard des descendants d’Isabelle la Catholique, pour lesquels Al Hamra, la Giralda ou les sanctuaires de Séville ne sont plus désormais que des musées d’une histoire ancienne et éculée, qu’il ne faut surtout pas rappeler.
Au nom de cette franchise démocratique, aux contours assez flous et à la portée très partiale, l’ensemble de l’Union européenne, unanimement et spontanément, a donné raison à l’Espagne sans aucun égard au droit légitime du Maroc, pays souverain et indépendant, à exercer sa souveraineté sur son territoire et à assumer ses responsabilités et ses engagements sur les plans national, régional et international. Lorsque l’on sait le rôle que le Maroc a assumé au sein de l’ensemble des pays arabo-musulmans en tant que chantre de la modération et de la mesure, dans un esprit de rapprochement et d’apaisement des tensions, avec comme objectif de vulgariser la culture de la tolérance et de la coexistence pacifique. Lorsqu’on sait l’effort intellectuel, philosophique et idéologique que les élites marocaines ont consenti pour défendre et expliquer l’universalité des valeurs que nous croyons partagées avec nos voisins du Nord. On est tout simplement abasourdi par notre propre naïveté et nos lunatiques illusions. Des crises comme celles que nous vivons actuellement, au-delà de notre conviction en la justesse de nos droits et en l’inéluctabilité de les faire valoir, nous retiendrons une précieuse leçon quant à la sincérité et à la réalité des ouvertures que les autres nous ménagent dans leur conception de nos relations communes. Ils ne nous tolèrent que comme sujets, valets, appendices ou figurants. Dès que l’on se présente comme des partenaires, des interlocuteurs qui prétendent à un même statut, à un traitement équitable, on bascule dans le camp des insoumis, des délinquants qu’il est légitime de réprimer, de mater. Alors, qu’on ne vienne surtout pas nous chanter la rengaine des extrémismes chez nous. La culture du rejet et du mépris que l’Europe nourrit à notre égard, en tant que nation arabo-berbère et musulmane, est l’une des formes d’intégrisme les plus sauvages et les plus abjectes que connaît notre époque.

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