Cadrage : Islamisme et démocratie

Les revendications dans les discours des composantes de la mouvance islamiste sont, généralement, les mêmes partout dans le monde. L’exception marocaine à ce niveau se situe au niveau l’environnement global dans lequel elle vit et inscrit ses initiatives. Contrairement à d’autres pays, fait remarquer l’islamologue Mohamed Tozy, le mouvement islamiste marocain est le produit d’un long processus qui n‘a jamais connu de rupture avec le passé.
L’islam politique, tel qu’il a été toujours pratiqué par l’Etat, a toujours admis en son sein le pluralisme et la diversité. Les confréries ont toujours eu leur place au soleil. Un phénomène qui explique, en partie, la souplesse des Islamistes marocains et leurs hésitations face à la question de la démocratie. Avant de constituer son association « Al Adl Wal Ihssan », Cheikh Abdessalam Yassine avait fait ses premiers pas, dans le chemin de l’engagement « religieux » au sein de la « Zaouiya boutchichiya ». Historiquement parlant, c’est suite à l’assassinat de Omar Benjelloun, le 18 décembre 1975, que le mouvement de la jeunesse islamiste, créé en 1973, a éclaté. La première formation, issue de cette étape de turbulences, est restée fidèle à la clandestinité et commença à prendre ses distances vis-à-vis du groupe de Abdelkrim Moutie, impliqué dans le crime précité. Le deuxième courant s’est proclamé manifestement contre toute forme de violence politique, préconisant la voie de la prédication pacifique (Addaâwa assilmiya). Ce groupe était derrière la création du mouvement Al Islah wa attawhid ( réforme et unité) dont la majorité des membres vont s’allier au Dr. Abdelkrim El Khatib avant de créer, ensemble, le Parti de la Justice et du développement( PJD).
Un autre courant a préféré rejoindre l’association du Cheikh Yassine. Contrairement à cette dernière qui considère la démocratie comme une forme d’athéisme n’ayant aucune chance d’être implantée sur le sol islamique, l’Association Al Badil Al Hadari, conduite par Mohamed Mouatassim, s’est engagée, depuis sa naissance, à respecter les règles de l’action démocratique. La démocratie est, aux yeux de l’Association, la garantie de la participation à la gestion de la chose publique.
Les membres d’Al Badil Alhadari ont participé le 23 mars dernier à la création du Bloc démocratique. Une coalition d’anciens militants marxistes et d’islamistes. Bien entendu, dans cette affaire, il n’y a pas, seulement, que les positions politiques, conçues sur le plan organisationnel qui accaparent l’attention, mais, également, les expériences particulières vécues.
Kacem Hakimi et Mostapha Ouqeil, actuellement emprisonnés à Oukacha, ont révisé de fond en comble leurs positions d’antan. Arrêtés lors du démantèlement d’un trafic d’armement, à Oujda, dans le cadre des manoeuvres de la Jeunesse Islamiste, ils ont été condamnés à mort. Cette peine a été réduite, par la suite, à la perpétuité. M. Hakimi a publié, il y a quelques mois, «Ecrits du couloir de la mort». Un récit de vie, signé, dans une première au Maroc, lors d’une exposition organisée à l’intérieur de la Prison. Ont participé à cette manifestation, plusieurs représentants d’associations et d’organisations humanitaires. Kacem Hakimi est allé jusqu’à adresser une lettre de félicitations à S.M. le Roi Mohammed VI, à l’occasion de l’annonce de son mariage. Un geste pour lequel il a reçu une réponse royale, publiée par certains médias. Ceci étant, il n’en demeure pas moins vrai que le va et vient entre islamisme et action démocratique est courant au Maroc. Deux dirigeants de l’OADP, Mohamed Talbi et Mohamed Atlas, ont quitté, il y a quelques années, leur parti pour rejoindre la mouvance islamique. Une action qui signifie que la transhumance d’un camp à l’autre ne se fait pas toujours à un sens unique.

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