Cadrage : La coupole au féminin

Trente-quatre femmes font leur entrée au Parlement à la faveur des législatives du 27 septembre. Cela ne reflète ni l’importance statistique des femmes dans la population nationale, ni celle du vote féminin particulièrement remarquable lors de la dernière consultation, ni encore moins le rôle de la femme dans la cité, en termes économiques et sociaux et en tant que véritable matrice de l’identité nationale et partant de la citoyenneté.
Mais ce n’est pas une raison pour bouder le plaisir de voir concrétisés, en partie, les fruits de combats menés de longue date, à la fois par les femmes et par les hommes de ce pays, au nom de la justice et de l’équité, du respect dû aux droits humains, sans distinction de genre. Ce n’est pas non plus une raison de minimiser cette « exception marocaine » saluée de toutes parts par les médias et les observateurs étrangers qui y voient l’un des acquis les plus importants et les plus valorisants de la dernière opération électorale.
Et il est tout à fait significatif de voir le Maroc, un pays arabo-musulman, réaliser cette performance au moment même où l’image de l’Islam est souvent mise en cause pour, entre autres griefs, la place et la condition qui sont celles de la femme dans les sociétés musulmanes. Les images inédites que ne manqueront pas de transmettre les caméras à travers le monde entier de l’entrée de nos parlementaires le 11 octobre prochain dans l’enceinte du Parlement est le meilleur argument qui pourra être opposée aux amalgames et aux jugements hâtifs en la matière.
Mais la seule présence de ces femmes à la Chambre des représentants n’est certainement pas une fin en soi. Elles ne sont nullement là pour amuser la galerie ou pour la seule consommation extérieure. Elles sont d’abord, en tant qu’élues du peuple, les représentantes de la nation qui interviendront certes sur l’ensemble des débats qui auront lieu dans l’enceinte de la Chambre. Mais elles ne manqueront pas de manifester une plus grande attention et une combativité plus vigoureuse en ce qui concerne les causes et les combats dans lesquels elles sont directement impliquées.
Le statut de la femme, la préservation de sa dignité d’être humain, la protection de ses droits dans le couple et de ses droits en maternité, la lutte conte l’esclavage et l’asservissement sous toutes se formes, de même que la situation de l’enfance, de la famille et les problèmes qui en découlent trouveront certainement auprès de ces femmes députés des porte-paroles efficaces et convaincants, pour traduire dans les textes et dans la réalité des revendications longtemps marginalisées, voire combattues.
La spécificité de cette représentativité est d’autant plus remarquable que toutes les formations politiques ont joué le jeu et présenté des femmes proches de leur mouvance et de leur sensibilité pour les représenter au Parlement. De sorte que les femmes députées, par les différences doctrinaires et idéologiques qui les opposent, seront également amenées à confronter leurs approches et leurs prises de position sur la condition féminine et les moyens de son épanouissement. Pourvu que leur parole, sur ces thèmes comme sur l’ensemble des sujets débattus, ne soit pas, encore une fois confisquée ou mise sous tutelle.

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