Cadrage : La guerre civile

Le drame des accidents de la circulation au Maroc, dont le dernier épisode, l’effroyable accident de l’autocar près de Marrakech, n’est malheureusement qu’un cas parmi tant d’autres, est une véritable catastrophe nationale, mais elle n’a rien de naturel.
Des centaines de morts chaque année, et le nombre ne cesse d’augmenter de manière inquiétante et scandaleuse. Le bilan morbide de ce massacre au quotidien dépasse tout entendement, étant équivalent à celui d’une guerre civile qui ne dit pas son nom et qui est à l’origine d’un gros gâchis pour le pays tout entier, en termes humains d’abord, mais aussi en termes économiques et sociaux.
Tout et tout le monde est responsable : l’état des routes, la vétusté du matériel et des véhicules, le manque de formation des conducteurs, la permissivité de l’administration et des systèmes de contrôle, dans l’octroi des autorisations et licences, dans la validation des contrôles techniques, dans les inspections et la supervision des examens d’obtention des permis de conduire, dans l’organisation du travail dans le secteur du transport routier. La cause générique dans ce carnage qui plonge des familles entières, du jour au lendemain dans le désarroi, le deuil et le calvaire des procédures et des murs de silence, est un manque manifeste de conscience civique et de scrupule envers la vie humaine, devenue si négligeable et si peu précieuse que tout le monde en joue et marche dessus.
L’image de ces milliers de victimes : des morts, des vies brisées à perpétuité, des destins tronqués, des familles désunies et explosées, des handicaps à vie, des carrières définitivement compromises, des chocs et traumatismes de tous genres et insurmontables; une image insoutenable qui devrait faire sérieusement réfléchir les responsables et les citoyens et faire en sorte qu’à tous les niveaux de la société se prennent des mesures et des actions susceptibles de stopper et d’infléchir la courbe infernale des accidents de la route au Maroc.
Toutes les campagnes dites de vulgarisation et de prévention des accidents de la circulation se sont avérées insuffisantes et peu efficaces dans leur forme actuelle et dans l’aire d’impact qui est la leur. La cible devra être mieux cernée et compartimentée de manière à pouvoir agir sur chaque tranche avec le dispositif et les mesures adéquats.
La situation est devenue si intolérable que tout ce qui maintient le statu quo ou qui aggrave la situation, par cupidité, négligence ou simple laxisme doit être sérieusement combattu et sanctionné. Tous les moyens possibles et imaginables, éducatifs, pédagogiques, communicationnels, réglementaires, judiciaires, administratifs, doivent être mobilisés pour livrer une vraie guerre à ce jeu de massacre qui porte une atteinte grave à l’image du pays et à la sécurité des usagers de la route.
Dans la logique d’une guerre, il ne faut surtout pas hésiter à recourir aux grands moyens qui signifient le ras-le-bol devant un drame humain intolérable, au sens littéral du terme.

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *