Cadrage : La «leçon» française

La proximité à la fois historique, culturelle, linguistique, voire idéologique, entre le Maroc et la France explique certainement l’attention qu’un grand nombre de nationaux accordent à ce qui se passe actuellement en France. L’élection présidentielle est toujours un moment fort dans la vie politique de l’Hexagone, mais cette fois-ci, il s’agit réellement d’un « séisme » qui marque un tournant dans la vie politique de ce pays.
Les deux principales caractéristiques de cette élection, quel que soit finalement le résultat du second tour, dimanche prochain, sont d’une part la victoire de l’Extrême droite, et d’autre part, l’éclipse de la gauche.
Si les deux donnes sont liées, la première est beaucoup plus inquiétante pour les Marocains. Il est vrai que l’importance de la communauté marocaine installée en France et compte tenu du discours xénophobe qui vise en priorité la communauté maghrébine, on est en droit de nourrir une grande inquiétude vis-à-vis de l’avenir de cette communauté, sur fonds d’exacerbation du chauvinisme et de la montée en puissance d’une idéologie fascisante. La communauté maghrébine, déjà lourdement pénalisée par le chômage et la dégradation de la situation sociale dans les pays d’accueil, fera malheureusement les frais de la surenchère politicienne actuelle, en France, comme dans d’autres pays d’Europe, sur le thème de la sécurité et d’une certaine « préférence nationale », à la tonalité fortement raciste et inique.
Mais, l’intérêt des Marocains pour les élections françaises, s’explique aussi par les affinités entre les classes politiques des deux pays. Les élites marocaines, y compris celles qui jouent les premiers rôles dans la vie politique nationale, sont dans leur grande majorité francophones et s’inspirent beaucoup du « modèle français ». Or, à quelques mois de la tenue des élections législatives chez nous, ce modèle nous renvoie une piètre image de la vie politique et entache la démocratie française de relents et de risques de dérives inquiétants.
Pour des raisons politiciennes, l’opportunité est saisie par diverses sensibilités politiques qui tentent de faire le parallèle entre la situation politique en France et l’état des choses sur la scène nationale. Si les repères gauche-droite semblent quelque peu chahutés dans ce débat, on retiendra cependant que les surenchères, la démagogie et l’anathème envers l’autre sont des « valeurs » très démocratiquement partagées entre les deux pays.
Reste à rappeler que si l’exercice contrastif est commode et peut fournir un bon prétexte à débat, les extrapolations, les calques et les transpositions mènent souvent à des hérésies et des anachronismes qui dénaturent le débat et le vident de toute substance.
La «leçon française», en fin de compte, sert à mettre en grade contre la médiocrité du débat politique, lorsque celui-ci fait abstraction de toute valeur, y compris celle de la démocratie qui autorise et justifie le débat. La négation de cette valeur est la seule véritable ligne rouge qu’il faut veiller à ne pas franchir. Le reste est affaire de conviction, d’adhésion et d’arguments.

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