Cadrage : La violence en roue libre

Encore un week-end sanglant au Proche-Orient. Une fois de plus des victimes civiles sont tombées à Jérusalem et Haïfa, comme tous les jours ou presque depuis trop longtemps à Ghazza, Beit-Lehm, Jenine, et l’ensemble des territoires. La surenchère oppose les extrémistes des deux bords qui se donnent la réplique à coups de provocations et de revanches, de plus en plus meurtrières, et rien ne laisse présager que cet état des choses puisse s’atténuer dans le contexte de tension et de haine qui prévaut actuellement dans la région. Les pics de violence coïncident le plus souvent avec des amorces et des tentatives d’ouverture du dialogue et de relance de la paix entre Palestiniens et Israéliens pour sortir de l’impasse. Cette fois-ci, les attentats-suicide de Jérusalem et de Haïfa sont venus mettre à mal la mission du secrétaire d’Etat adjoint américain Williams Burns et du général à la retraite Anthony Zinni, envoyé spécial dans la région. De sorte que le contentieux entre Palestiniens et Israéliens ne cesse de s’alourdir du fait des agissements des extrémismes des deux bords et de l’aggravation du nombre des victimes toujours croissant des deux bords. Le pouvoir de négociation de Yasser Arafat ne cesse de se rétrécir, acculé qu’il est par les conditions toujours contraignantes et irréalisables que lui pose Sharon comme préalable à l’ouverture des pourparlers, et par les positions de plus irréductibles de pans entiers de la résistance nationale palestinienne. Mais Sharon lui-même, compte tenu de la fragilité de sa majorité dans la Knesset est obligé, pour se maintenir au pouvoir, de céder de plus en plus aux extrémistes de son camp et de différer sous tous les prétextes possibles, y compris les plus fallacieux, l’inévitable négociation de paix qui passera obligatoirement par la reconnaissance des droits légitimes du peuple palestinien. La dernière manoeuvre en date du Premier ministre israélien pour faire diversion fut celle d’opérer un amalgame trop voyant entre la lutte contre le terrorisme telle qu’elle est menée par l’ensemble de la communauté internationale et la politique de liquidation de la résistance palestinienne et de ses leaders dans les territoires, par le pouvoir militaire israélien. L’assimilation de la personnalité de Yasser Arafat avec Oussama Ben Laden, responsable présumé des attentats du 11 septembre, fut une pure aberration que même les Etats-Unis, traditionnels et inconditionnels alliés partiels d’Israël, ont refusé de valider. Mieux que cela, la campagne menée par Washington contre le terrorisme en Afghanistan et dans le monde n’a pas empêché les Américains d’expliciter plus que jamais leur soutien à la reconnaissance d’un Etat palestinien, indépendant et souverain. Tous les regards sont désormais tournés vers eux dans l’espoir de les voir peser de tout leur poids sur les belligérants afin de faire retomber la tension explosive au Proche-Orient. Reste à savoir si le cycle de la violence est encore maîtrisable par qui que ce soit, ou bien est-on en présence d’une machine infernale qui dévale en roue libre vers on ne sait quel sombre abîme.

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