Cadrage : Le degré zéro d’un enjeu électoral

C’est du jamais vu dans les pays démocratiques. Les candidats viennent à leurs meetings avec des escortes policières pour appeler les citoyens à participer aux élections. Même en étant protégés, certains candidats ne cessent de dire que le sort des élections est scellé, « puisque les quotas sont répartis à l’ avance », comme l’a déclaré Louiza Hanoune , porte-parole du Parti des travailleurs (PT) avant d’ajouter qu’« il ne peut y avoir d’élections libres quand il y a état d’urgence » (Yahia Arkat). Elu en tant qu’unique candidat à l’élection présidentielle plurielle, le président Abdelaziz Bouteflika ne pouvait reproduire, au niveau des législatives, des élections, en ignorant, une bonne partie du corps électoral. Sa politique de la terre brûlée en Kabylie a eu l’effet inverse que celui escompté.
Après quarante ans de dénis de justice et de répression, la langue amazighe est enfin reconnue en Algérie, mais l’événement en lui-même a suscité le doute quant à la volonté réelle du régime de mettre fin à la marginalisation linguistique d’une bonne partie de la population. En pleine campagne électorale, les rues de la capitale, les panneaux d’affichage sont restés quasiment vides ; pourtant, la majorité des partis politiques ont investi la capitale pour faire leur campagne. Une campagne dévoyée. En guise de programme, les partis se démènent à convaincre les citoyens à user de leur droit de vote. Ceux-ci refusent de cautionner des candidats et des élections organisées par et pour le Pouvoir contre leurs intérêts immédiats. Comme le dit un journaliste algérien :« A quoi sert – il de voter quand on sait que 98 % des élus issus des échéances électorales précédentes ont plongé le pays dans le marasme de toutes natures ? A quoi sert-il de voter alors que des massacres sont commis quotidiennement dans différentes régions du pays ? Comment organiser des élections alors que des brigades antiémeutes tirent encore sur les foules de jeunes qui veulent réclamer leurs droits légitimes (travail, justice, identité, culture) et dénoncer en même temps les pratiques mafieuses, la corruption, la bureaucratie et l’injustice ?
Face à ces questions épineuses, il semble que « les Algériens sont convaincus que leurs élections ne servent qu’à la protection et au maintien du système ».
Un député algérien, Saïd Madjour, a commenté, récemment, l’événement de ce 30 mai, dans les termes qui suivent : « Nous sommes à proprement parler, dit-il, dans une situation fantastique au sens kafkaïen du terme. » On ne peut mieux qualifier une situation qui hélas perdure. Sur le terrain sécuritaire, malgré la mort de Antar Zouabri, l’escalade terroriste ne s’est pas interrompue. Ce à quoi s’ajoutent toutes sortes de problèmes – pénurie d’eau, chômage, relance économique qui se fait attendre, qui rendent impossible la vie des Algériens et aggravent le mécontentement social. Mais, après ce rendez-vous manqué, il demeure une évidence pour l’Algérie : les artifices, les faux-fuyants et la fuite en avant ont montré leurs limites et leur danger. Il est temps d’être lucide et de prendre les choses à bras le corps. Et de rendre l’Algérie aux Algériens, à tous les Algériens.

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