Cadrage : Le prix de l’immaturité

Le destin qui a été réservé aux petites formations politiques et aux nouveaux partis figure parmi les leçons les plus significatives que l’on peut tirer des dernières élections législatives. Des organisations qui ont beaucoup participé à l’émiettement du champ politique sans y apporter, en contrepartie, une valeur ajoutée en termes de discours politique ou idéologique, ou en termes de sens tout court. La catégorie la plus importante de ces formations qui ont obtenu généralement moins de cinq sièges, sinon aucun, est celle issue soit de survivances d’anciennes formations tombées en désuétude, soit de scissions explicites d’autres formations, suite à des différends sur la ligne du parti, sur le leadership ou sur des ambitions personnelles ou claniques contrariées.
Dans cette catégorie, on peut ranger quelques confettis de la mouvance populaire, les laissés-pour-compte du sixième congrès de l’USFP, des réchappés de l’activisme gauchiste ou des contestataires du RNI. Vient ensuite une seconde catégorie animée par des organisations se présentant comme porteuses d’un projet libéral. Un champ de pensée qui avant même de structurer un discours ou de soumettre à débat un dispositif idéologique, a déjà et précocement enfanté pas moins de trois formations qui se sont disputées les suffrages des électeurs qui les ont suivis. Mais le gros des troupes de ces nouvelles formations, notamment leurs têtes de listes aux élections, voire leurs fondateurs, sont pour la plupart issus des rangs des formations rangées dans le camp de l’opposition, notamment les partis du wifak qui sortent de ces élections en lambeaux.
Ainsi, l’existence et le discours, souvent étriqué et sommaire, de ces nouvelles entités, met directement en cause l’incapacité des anciennes formations à fournir en leur sein le cadre et l’espace qui peut englober ces différentes sensibilités et compétences, désormais en déshérence.
De la part des animateurs de ces entités, il y a certainement une grande et légitime déception. Mais, cette expérience devra aussi mettre en lumière la vanité de certaines entreprises qui ont trop présumé de leurs forces ou de leur malignité manoeuvrière.
Quelques-uns des nouveaux «leaders», sans projet construit, sans organisation éprouvée et sans discours doctrinaire cohérent, ont voulu saisir l’opportunité de ces élections, tenues sous le label du renouveau et de la transparence, pour «faire un coup» et détourner l’air du temps en leur faveur et pour leur bénéfice individuel et égoïste. Au-delà de ce que comporte cet état d’esprit comme analyses erronées de la situation que vit actuellement le champ politique marocain, lequel est demandeur de plus de visibilité et de cohérence, cette attitude pèche aussi par le parasitage qu’elle induit envers le nécessaire encadrement des citoyens par les formations politiques et vis-à-vis de l’indispensable crédibilisation de l’action militante qui contribue à l’émergence de vraies élites politiques et à leur renouvellement.
Le choc de la défaite, le coût en termes matériels comme en termes de crédit personnel pour ceux qui ont tenté cette aventure devront certainement limiter ce genre de présomptions et d’aventures à l’avenir. Le sérieux et le civisme ne pourront qu’y gagner.

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