Cadrage : Lucidité

Aucun des qualificatifs utilisés à l’occasion du deuxième congrès mondial contre l’exploitation sexuelle des enfants pour qualifier le crime dont il est question, y compris ceux qui l’assimilent à un acte terroriste ou un crime contre l’humanité, ne choque ou ne semble excessif, tellement on est dans le domaine de l’inqualifiable, au sens le plus abject du terme. Les débats engagés à cette occasion soulignent la responsabilité collective de tous les pays et vident de leur substance les préjugés qui faisaient croire que la condition d’exploitation, notamment sexuelle, faite aux enfants, est due à un niveau de développement insuffisant des pays du tiers-monde fournisseurs de chair enfantine à toutes les horreurs en la matière. A côté des causes matérielles responsables d’abus à l’encontre des enfants, comme c’est le cas en matière de tourisme sexuel, aggravé par les facilités des nouvelles technologies de l’information, interviennent d’innombrables autres considérations d’ordre sociologique et psychologique qui n’épargnent aucune communauté dans aucun pays, quel que soit son niveau de développement. Au Maroc, il s’agit d’un véritable chantier ouvert et auquel participent des intervenants à tous les niveaux du pays, dans toutes les couches sociales, au niveau du gouvernement, du Parlement, des organisations non-gouvernementales, encouragés par l’implication directe des plus respectables symboles de la monarchie : Roi, princes, princesses, entraînant dans leur sillage l’ensemble des autorités religieuses, spirituelles et morales, les médias et les divers outils de communication. Cette unanimité dit à la fois la gravité de la situation de l’enfant dans notre pays subissant de plein fouet, parce que fragile, les affres de la pauvreté et du sous-développement : en tant que force de travail, en tant qu’être mal-nourri, en tant que laissé pour compte des insuffisances en prestations sociales, notamment en matière de santé et d’éducation. Mais elle dit aussi, et c’est une source d’espoir et d’optimisme, la prise de conscience collective vis-à-vis de ce drame universel et la mobilisation grandissante de toutes les initiatives à même de pallier ces insuffisances et de faire de la défense de l’enfant chez nous une expression de la défense de l’humain et une volonté de lutter contre l’injustice et la précarité dans son expression la plus criante. C’est le signe que dans le Maroc actuel, on fait preuve d’une grande lucidité envers les problèmes qui se posent à nous en tant que nation et en tant que société, et nous n’hésitons pas à les prendre nous-mêmes à-bras-le corps pour couper court, ainsi, à toutes les interventions extérieures, souvent malveillantes, qui veulent nous faire la leçon.

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