Cadrage : Normalité

Le gouvernement dit de l’alternance est sur le départ. Dans les ministères, seules les affaires courantes sont expédiées en attendant la proclamation du nouveau Cabinet constitué par Driss Jettou, le Premier ministre désigné il y a près d’un mois par S.M. le Roi Mohammed VI.
L’impatience point ici et là, pour diverses raisons, plus légitimes les unes que les autres. L’attente, par définition, est synonyme de passivité, de laisser-aller, d’une certaine forme d’indifférence du fait que personne ne se sent particulièrement responsable de quoi que ce soit. Ensuite, les problèmes, urgents et pressants, qui se posent au Maroc, notamment dans le domaine économique et social, ne peuvent s’accommoder d’une trop longue période de gestation, et impliquent la mise sur pied d’une équipe gouvernementale et d’un programme d’action offensifs pour relever les défis qui se posent au pays et susciter l’espoir et l’optimisme chez les populations.
Mais, par ailleurs, tout le monde reconnaît que la situation née au lendemain des législatives du 27 septembre est si inédite qu’elle a entraîné dans son sillage toute une théorie de conséquences en cascade dont les effets apparents traduisent la complexité, la délicatesse, voire le désarroi chez un certain nombre de parties prenantes dans les conciliabules en cours pour former le nouveau gouvernement.
Il n’en demeure pas moins que les étapes franchies sont riches en leçons et en enseignements. Les partis politiques, y compris les quatre majors, savent maintenant toute l’ampleur du travail qui leur reste à accomplir pour pouvoir réellement peser sur le jeu politique national et assurer à leurs positions et à leurs desiderata le poids et la visibilité souhaités.
Un travail en profondeur est requis en ce domaine, tant en termes de reprofilage de leur discours que d’encouragement de l’émergence de nouvelles élites et de l’enracinement des pratiques de démocratie interne dans leur mode de fonctionnement endogène. De même, il est apparu évident que les formations politiques devront réaliser des rapprochements entre elles sur la base de programmes cohérents et compatibles et sur le principe d’une stratégie de conquête de pouvoir via des alliances et des accords qui constituent la base de l’engagement vis-à-vis des électeurs.
Ce travail de clarification est certainement une tâche de longue haleine et qui nécessite une profonde action de sensibilisation et d’encadrement. C’est le parcours obligé pour un réel enracinement de la pratique démocratique dans le pays et pour limiter le recours à des mesures de dépannage ou de pis-aller telles que celles qui sont en cours actuellement chez nous.
Si celles-ci se justifient par la situation d’urgence dans laquelle nous vivons actuellement, il n’en demeure pas moins urgent d’imprimer à la vie institutionnelle et politique nationale un rythme et une cadence normaux, respectueux des échéances et des normes sur lesquelles le consensus national et la légitimité du suffrage universel se seraient librement exprimés.

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