Cadrage : Nuances

Deux ministères de souveraineté. Deux mastodontes de l’appareil exécutif marocain, décident qu’ils ont trop souvent été mis dans le même panier et optent pour «un divorce à l’amiable». La nouvelle a eu l’effet d’une bombe dans les milieux avertis. Chacun y ira de sa lecture. Certains y verront d’abord une reconnaissance publique de l’interférence dans l’action des deux départements. De là à clamer que la justice a «vraisemblablement», «sporadiquement» et «occasionnellement » été aux ordres, il n’y a qu’un pas. Vite franchi. D’autres, plus tournés vers l’avenir y ont vu plutôt la promesse d’un futur meilleur. Une pierre de plus à l’édifice de l’Etat de droit. Une illustration spectaculaire du nouveau concept de l’autorité, dans son acception la plus citoyenne. Seulement, qui peut baliser aujourd’hui ce no man’s land entre justice et intérieur ? qui peut dire avec certitude où commence la territoire de l’une et où s’arrête celui de l’autre ? La frontière, longtemps foulée des pieds, a fini par s’estomper par endroits et il faudra bien des efforts pour la restaurer avec précision, ce flou artistique que des années de pratique ont ancré dans l’imaginaire des citoyens. Les citoyens ont trop longtemps confondu pouvoir administratif et pouvoir judiciaire. La notion même de police renvoie automatiquement à la même image. Celle de la répression. Aucune différence n’est faite entre une police administrative, intimement liée à la préservation de l’ordre public dans ses acceptions de sécurité, salubrité et tranquillité publique, et par conséquent amenée à anticiper tout ce qui est de nature à nuire à cet ordre, pour jouer pleinement son rôle préventif, donc impopulaire. Et une police judiciaire placée par la nature de son rôle à un niveau thérapeutique, redresseur de dysfonctionnements, et par conséquent beaucoup plus accepté par le citoyen. Initier cette distinction dans l’imaginaire du citoyen, c’est réussir cette séparation qui avoue à peine son nom. C’est rendre service à un appareil judiciaire en quête de toute son autonomie et à un appareil administratif plutôt empêtré dans une aura qui n’a plus lieu d’être. C’est effectivement un pas de plus vers l’Etat de droit.

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