Cadrage : Passer à la télé, pourquoi ?

L’accord réalisé le week-end dernier entre les représentants des partis politiques et ceux du gouvernement à propos de l’organisation de la campagne électorale sur les médias audiovisuels publics met au goût du jour la question cruciale et répétitive sur les relations entre la télévision et les élections, et plus extensivement entre la télévision et la politique.
Du point de vue formel d’abord, la télévision publique, financée en totalité ou partiellement par les deniers des citoyens, est naturellement un espace partagé tenu de refléter équitablement la diversité et la pluralité des sensibilités et des expressions. Mais au-delà de la proclamation de principe, il reste à trouver des mécanismes opérationnels pour à la fois mettre en oeuvre un système agréé par toutes les parties prenantes et concernées, et par ailleurs adapté aux exigences professionnelles et spécifiques à un média comme la télévision. L’impulsion donnée récemment par S.M. le Roi Mohammed VI au projet de réforme de l’audiovisuel arrive à point pour mettre fin à la longue attente des professionnels du secteur, pour favoriser une mise à niveau de ces médias conformément aux impératifs du développement de ces supports à l’échelon planétaire et pour mettre en place des mécanismes de régulation et de contrôle mettant fin au monopole contesté de l’État et de l’administration en la matière.
Ces mécanismes viendront justement s’insérer naturellement dans le dispositif institutionnel national en tant qu’instances d’intermédiation entre les acteurs politiques et les usagers des médias audiovisuels. Ce sera là justement un des moyens de mettre fin à cette approche réductrice qui veut trouver des relations directes et automatiques entre le passage à la télévision et l’acquisition d’un crédit et d’un gain politique et électoral immédiats.
Il est tout à fait vrai que la télévision est un média populaire par excellence et que compte tenu des taux d’analphabétisme parmi les téléspectateurs nationaux et de l’aire d’influence réduite des autres médias, elle demeure le support le plus influent en termes d’audience. Mais il n’a jamais été démontré, ici comme ailleurs, que la télévision fait gagner les élections. Ici peut-être plus qu’ailleurs encore, quand on voit d’un côté les faibles parts d’audience de nos télévisions laminées par le satellite, et d’autre l’indigence du discours politique chez nous. Et surtout quand on voit que, à l’occasion de ces législatives que tout le monde attend comme un tournant dans le parcours de la jeune et fragile vie démocratique nationale, personne n’a vu encore le début du commencement d’une esquisse d’un programme politique qui pourrait être défendu et argumenté à la télévision ou dans n’importe quel autre média. Ce sera aussi cette carence qui sera obligatoirement mise en évidence et amplifiée lors des prestations des candidats sur le petit écran. Nos hommes politiques, lorsqu’ils formulent des revendications concernant leur droit à s’exprimer à la télévision doivent être conscients que ce n’est pas l’outil qui créera le discours et le sens. Et que leur prestation pourrait tout à fait se retourner contre eux si elle ne met en évidence que vacuité et poncifs austères.

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